3 questions à… Jean-Marc Jancovici, président de The Shift Project

3 questions à... Jean-Marc Jancovici, président de The Shift Project

Lutter contre les gaz à effet de serre, oui mais comment ? Eclairage de Jean-Marc Jancovici, fondateur et président de The Shift Project.

Qu’appelle-t-on la rupture énergétique ?

Il n’y pas de définition partagée de la rupture énergétique. Les uns vont considérer que ce qui est important c’est avant tout de se débarrasser des combustibles fossiles, les autres que c’est avant tout de se débarrasser du nucléaire, d’autres encore qu’il faut avant tout permettre aux pays en développement de se « développer », même si cela demande plus de combustibles fossiles, d’autres encore diront que la rupture c’est la décentralisation (qui ne sert pas nécessairement, en tant que tel, un objectif environnemental ou économique précis)…

J’ai écrit récemment la préface d’un numéro du magazine du CEA consacré à la transition énergétique où j’expliquais justement que cela fait des millénaires que nous sommes en transition : https://jancovici.com/publications-et-co/contributions-a-ouvrage/quelques-millenaires-de-transition-energetique/.

En quoi consiste l’objectif « facteur 4 » ?

Pour le facteur 4, qui était relatif aux émissions de 1990,  il faut baisser les émissions d’environ 1% par an à partir de maintenant, ce qui est le rythme des 10 dernières années.

En tant que principal auteur du Bilan Carbone de l’ADEME, pouvez-vous nous faire partager votre vision à date de la situation française par rapport à son objectif « facteur 4 » ?

Le fait d’avoir créé le bilan carbone ne donne aucun avis autorisé sur la trajectoire d’émissions française !

Le bilan carbone est une méthode pour comprendre la dépendance d’une entreprise aux émissions de gaz à effet de serre qui prennent place chez elle ou ailleurs dans sa chaine de valeur, et donc ce que cela signifie en pratique pour cette entreprise de vivre dans un monde où il faut moins émettre.

Et par ailleurs le dernier objectif en date du gouvernement est désormais la neutralité, c’est à dire, en gros, plus d’émissions du tout.

On peut donc imaginer que ce n’est pas impossible.

Toutefois, le plus facile est fait en premier, et actuellement nous n’avançons pas vite sur les chantiers majeurs, surtout que, sous la pression des antinucléaires, l’essentiel des moyens est consacré au remplacement du nucléaire (qui n’émet pas de CO2 ; la fumée blanche des tours de refroidissement est juste de la vapeur d’eau) par des renouvelables électriques.

Ce remplacement ne permet ni de faire baisser les émissions, ni même, ce qui est extraordinaire, de créer de l’emploi ou de diminuer le parc nucléaire existant (car il faut le garder en sécurité pour les périodes sans vent et/ou sans soleil, typiquement après la tombée de la nuit pendant un anticyclone d’hiver).

Et, ces dernières années, les émissions ont eu tendance à repartir dans le mauvais sens. Il va donc falloir forcer le pas.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.