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3 questions à l’Atelier Roland Jeol

Le métier de concepteur lumière et d’éclairagiste de l’Atelier Roland Jeol consiste à éclairer l’architecture, le paysage, le patrimoine historique, ainsi que les espaces publics des villes. Installée à Lyon, l’entreprise est également tournée vers l’International. Depuis sa création en 1991, il y a eu une évolution dans son rapport à la lumière, en raison notamment du contexte de transition énergétique. Faisant le point avec son dirigeant M. Guillaume Jeol.

– Avez-vous relevé une évolution dans la demande des collectivités ?

Oui, car la lumière artificielle s’est largement démocratisée, de manière très commerciale malheureusement… L’avènement de la LED et surtout le discours associé ont fait rétrospectivement du tort à la profession. Il est d’ailleurs encore souvent difficile de renverser la tendance. Les idées reçues qui touchent l’économie d’énergie ont la vie dure… La LED n’est pas un produit miracle qui apporte des solutions à tout. Le curseur entre image et atmosphère nocturne adéquates, économie d’énergie, d’entretien et de maintenance, doit être positionné au bon endroit dans un projet. L’éclairagiste propose ce qui lui paraît adapté à la demande, avec sa vision des choses, sa sensibilité et son expérience. Il ne faut pas céder aux sirènes de l’économie et de l’écologie à tout prix. Quand un client demande que son installation ne consomme pas, nous répondons que le mieux est de ne rien faire. Tout le monde a le terme d’écologie à la bouche ; nous préférons parler d’efficience.

Non, car nous sensibilisons encore nos clients et partenaires sur le point précédent ! La profession a maintenant presque 40 ans, c’est donc un métier assez récent. Néanmoins, il est difficile d’admettre que l’on se soucie toujours aussi peu de la vie nocturne du citoyen… Par exemple, le Plan Lumière de la ville de Lyon a vu le jour suite à la question : “Il est beau votre aménagement, mais la nuit, ça se passe comment ?”. C’est pour éviter ceci, que dans les années 80-90, dès qu’un projet d’espace public sortait, la ville demandait qu’un éclairagiste accompagne les paysagistes et architectes. Bien sûr, parallèlement, le patrimoine et les édifices historiques des villes devaient briller pour encourager la promenade et la contemplation. Ce sujet reste d’actualité, mais moins dans les grandes villes car l’expérience est là.

– Comment intégrez-vous la recherche d’économies d’énergie ?

Notre profession a toujours été sensible à l’efficience dans l’éclairage, à la réduction de la pollution lumineuse et au confort nocturne. Aujourd’hui la demande des maîtres d’ouvrages est beaucoup plus claire sur ce point. L’économie d’énergie et surtout l’économie tout court sont les postulats de base, bien que les exigences en termes d’éclairage ou de valorisation demeurent fortes. Il faut donc composer… La LED permet de réaliser de réelles économies d’énergie par rapport aux solutions traditionnelles, à condition que le produit utilisé soit de qualité. En effet, les coûts augmentent drastiquement dans le temps et sont directement proportionnels au taux de panne. Il faut un raisonnement à long terme face à des durées de vie annoncées de plus en plus longues (on annonce 200 000 h, soit presque 50 ans) sans aucun retour d’expérience. Et comme le temps politique n’a aucun rapport avec le temps d’un espace public d’une ville (50 ans = 10 mandats de maire…), on met parfois fin à un projet qui n’est même pas parvenu au bout de son potentiel.

– Que pensez-vous de l’extinction de l’éclairage public des centres-villes la nuit ?

Il faut préciser tout d’abord que les grandes agglomérations n’éteignent pas l’éclairage public. Seules les petites communes commencent à appliquer cette mesure dans un souci d’économie d’énergie. Le problème est qu’elles réduisent dans le même temps le sentiment de sécurité et de bien-être des habitants. Car c’est surtout cela dont il est question. A coté du panneau “Extinction de l’éclairage public à minuit”, il faudrait préciser : “Habitants, rentrez avant minuit car après, nous n’assurons plus votre sécurité”. La lumière artificielle a été inventée pour assurer la sécurité des biens et des personnes en ville, à Paris en l’occurrence. Elle s’est généralisée à toutes les communes. Dire aujourd’hui qu’on éteint à minuit, c’est donc retrouver une situation antérieure au 18ème siècle… Côté technologique, ce serait presque revenir à l’âge de pierre ! La LED, que tout le monde connaît parfaitement, est gradable de 0 à 100%. On fait les réglages sur les écrans, le tableau de bord de la voiture, l’éclairage indirect du salon. Pourquoi ne pas adopter ce même réflexe pour la traversée d’une commune ? Eteindre des quartiers entiers de minuit à 5 heures du matin, c’est priver les habitants d’un confort moderne, sous prétexte de faire des économies d’énergie. Est-ce que les impôts baissent pour autant ? A vrai dire, ce n’est pas certain… Cette mesure n’est pas forcément mauvaise mais c’est avant tout une question d’équilibre.

À propos de l'auteur

Ségolène est rédactrice web sur L’Energie en Questions. Avec une expérience de plus de quinze ans dans le secteur informatique, Ségolène a occupé successivement les postes de chargée de suivi commercial, contrôleur de gestion, contrôleur interne et enfin business analyst au sein du département Marketing. Des métiers qui lui m’ont permis d’être à l’aise avec les chiffres, de faire preuve d’esprit de synthèse et de pédagogie. L’écriture a toujours été présente en fil rouge dans ses missions quotidiennes, pour vulgariser les concepts et transmettre les messages aux bonnes personnes, au bon moment.

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