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3 questions à… Nicolas Mazzucchi, chargé de recherches spécialisé en énergie

La dépendance énergétique est l’une des questions posées par la Programmation pluriannuelle de l’énergie organisée cette année. Pour Nicolas Mazzucchi, spécialiste des questions énergétiques et des stratégies d’influence, la baisse de la part du nucléaire dans la production d’électricité n’irait pas dans le bon sens…

Où en est la France dans sa politique de limitation de sa dépendance énergétique ? 

La question de la dépendance énergétique de la France, eu égard au choix de l’électronucléaire comme base pour la production électrique nationale, s’entend principalement pour les hydrocarbures et, majoritairement, pour le pétrole.

Dans ce cadre, il n’y a pas eu de modification substantielle car la politique française en ce qui concerne les approvisionnements extérieurs en fossiles est toujours fondée sur la diversification qu’il s’agisse du pétrole (Arabie Saoudite, Kazakhstan, Nigeria, etc.) du gaz (Norvège, Pays-Bas, Algérie, Russie) ou de l’uranium (Niger, Canada, Australie, Kazakhstan).

Toutefois il faut remarquer que la non compétitivité et la vétusté des infrastructures de raffinage pétrolier (et ce dans pratiquement tous les pays d’Europe occidentale) amènent à importer de plus en plus de raffinés.

Il est en outre certain qu’une baisse accélérée de la part du nucléaire – par la fermeture de réacteurs en grand nombre – serait négative du point de vue de l’indépendance énergétique.

L’intermittence des renouvelables obligerait ainsi à se tourner vers une autre source d’énergie de base qui, en l’état des engagements français sur les questions environnementales, ne pourrait être que le gaz.

Une politique opposée au nucléaire induirait nécessairement une augmentation de la dépendance aux fournisseurs extérieurs de gaz qui à long-terme, vu la baisse des réserves de Mer du Nord, seront de plus en plus extra-UE (Russie, Nigeria, Israël, etc.).

Il faut enfin noter que les ENR disposent en ce sens de coûts cachés vu la nécessité d’utiliser des métaux stratégiques en grand nombre (néodyme, dysprosium, gallium, indium, germanium, etc.) pour les construire.

Dans quelle mesure les énergies renouvelables peuvent-elles compenser la baisse des énergies fossiles, alors qu’elles sont par définition aléatoires (liées aux phénomènes naturels) ?

En l’état les énergies renouvelables (ENR) ne peuvent, à cause de leur intermittence de production annuelle ou saisonnière, être que des énergies de complément dans un mix de la taille de celui de la France.

Il y a donc pour le moment la nécessité de continuer à investir dans des centrales fossiles – plutôt nucléaires à mon sens vu les choix effectués durant des décennies et l’expertise acquise dans ce domaine – mais également dans les dispositifs d’efficacité énergétique.

En effet, les ENR ne pourront être des solutions viables en masse qu’avec des dispositifs de performance améliorée des réseaux et de la consommation (type Smart grids) et surtout avec du stockage d’électricité à grande échelle.

Les batteries actuelles polluantes lors de la production et aux performances limitées, doivent être grandement améliorées pour devenir des solutions viables de stockage sur et hors réseau. Dans ce cadre, avec des investissements massifs, la France pourrait trouver une réponse, partielle, à la question de l’intermittence des ENR.

En fonction du mix énergétique attendu à l’horizon 2040, la France sera-t-elle selon vous un modèle de performance énergétique au sein de l’Europe ?

Tout dépend quel est le sens que l’on donne à ce terme.

Concernant les coûts, la France est déjà un modèle de performance européen avec des coûts de l’électricité pour les ménages deux fois inférieurs à l’Allemagne et encore plus inférieurs au Danemark.

Le choix de l’électronucléaire (combiné à des renouvelables puisque 18% du mix est fondé sur l’hydroélectricité) amène à des coûts très prévisibles sur la longue durée. Toutefois les évolutions prévues d’ici 2040 pourraient rendre celui-ci encore plus performant, notamment grâce aux dispositifs d’efficacité énergétique.

Si les travaux entrepris sur le réseau, dont le compteur Linky est la brique la plus visible, tiennent leurs promesses de limitation des pertes et des coûts, alors la France disposera d’un des systèmes les plus solides du continent.

Néanmoins certains éléments demeurent encore flous, en particulier sur la fermeture ou non de certaines centrales nucléaires. L’entrée – enfin – en service de Flamanville 3 offrira une substitution à Fessenheim certes mais l’avenir du parc dans son ensemble demeure incertain puisque les coûts d’extension de la durée de vie – et de remplacement de certains réacteurs – doivent se décider rapidement.

De même, les investissements dans les ENR tous azimuts sans réelle priorisation (éolien, solaire, énergies marines) n’augurent pas d’une véritable stratégie en ce domaine, surtout à l’heure où les décideurs publics annoncent vouloir renégocier les appels d’offres pour certaines installations éoliennes offshore. Avant tout un mix énergétique se pense sur la durée et le temps long, plusieurs décennies le plus souvent.

Les changements, même à la marge, dans des politiques d’équilibrage complexe, ont pour effet d’envoyer des signaux négatifs au secteur quant à la réelle prise en compte de ces questions au niveau stratégique.

Il n’en demeure pas moins que la France qui veut augmenter la part des ENR, si elle accepte de conserver une base fossile (nucléaire avec un peu de gaz) importante, en y incorporant toujours davantage de dispositifs d’efficacité énergétique, aura fait un choix sans doute pertinent. Le tout sera de savoir avec quels savoir-faire industriels – nationaux, européens ou extra-européens – cela sera mis en place, pour se faire une véritable idée des impacts stratégiques.

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