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3 questions à… Nicolas Mazzucchi sur la sécurité énergétique

Nous avons recueilli le témoignage de Nicolas Mazzuchi, chercheur en énergie, sur la sécurité énergétique à l’échelle planétaire. La sécurité énergétique correspond à la capacité à se procurer de l’énergie en quantité suffisante à un prix acceptable. Voici les 3 sujets d’actualités sur lesquels il a accepté de partager sa vision.

– Dans quelle mesure la pression démographique des pays émergents ou en développement peut-elle compromettre notre sécurité énergétique ?

Certes, la pression démographique des émergents de premier (Chine, Inde) ou de second rang (Nigeria) peut avoir des effets non-négligeables sur la compétition pour les ressources. Mais je pense que le problème est plus complexe qu’une simple équation démographique. En effet, il faut considérer les évolutions dans la structure de la demande des pays émergents et en développement. L’accès à l’énergie s’améliore sur l’ensemble de la planète et, avec lui, les profils de consommation évoluent. De la même manière la transition numérique a des impacts un peu partout dans le monde. Si l’on prend le cas de l’Afrique, l’accès au cyberespace ne décolle que grâce aux réseaux mobiles à haut débit. Ceux-ci se développent depuis quelques années, avec comme corollaire une explosion de la connectivité, entraînant une demande énergétique accrue. D’un autre côté, les pays les plus avancés comme la France ont des profils de consommation énergétique finale relativement prévisibles avec une croissance faible. Si l’on combine cette donnée avec les transitions énergétiques en cours dans ces pays, nous devrions être dans les années à venir, de moins en moins dépendants des ressources hydrocarbures fossiles. Ceci ne résout rien puisque se posera celle des métaux stratégiques pour les énergies renouvelables et les dispositifs énergétiques. Mais il est important de noter que nous devrions être moins en concurrence à l’avenir pour des ressources en hydrocarbures. A contrario les pays émergents les convoitent de plus en plus. La consommation indienne de pétrole a augmenté de 5% par an depuis 10 ans alors que sa production a stagné.

– La montée en puissance des véhicules électriques dans le monde aura-t-elle un impact sur le cours du pétrole ?

Il est certain qu’une arrivée massive de véhicules électriques aurait des impacts importants sur la chaîne de valeur pétrolière, notamment sur les phases aval de celle-ci. Toutefois, il faut savoir que pour un tel décollage du véhicule électrique (hors hybrides) il faudrait résoudre certains problèmes. Le premier concerne les batteries dont la géopolitique se complexifie depuis les ressources en lithium et cobalt jusqu’aux différentes normes. Au-delà de cette question se pose également celle des infrastructures électriques, à commencer par les réseaux, sur lesquels va peser une pression énorme par la connexion de milliers de véhicules (en charge comme en décharge). Pour l’instant les réseaux électriques tels qu’ils existent ne sont pas en mesure de faire face à un afflux massif de véhicules électriques, ou alors avec des coûts d’entretien extrêmement élevés. Enfin, pour revenir sur le pétrole, il faut également garder en tête que les produits pétroliers ne concernent pas que l’essence ou le diesel mais bien de multiples usages. La pétrochimie, pour les différents plastiques notamment, a encore de beaux jours devant elle ! Ne serait-ce qu’avec les différents produits des transitions numérique et écologique qui consomment beaucoup de ces matières.

La baisse des prix des énergies fossiles peut-elle faire durablement de l’ombre aux énergies renouvelables ?

 Le problème du signal économique vis-à-vis de la transition écologique ne peut être entièrement laissé au marché pétrolier. Certes les faibles coûts actuels du charbon et du gaz n’encouragent pas, loin s’en faut, le passage aux renouvelables. Toutefois la grande question financière et fiscale qui doit être posée est celle du prix du CO2. Sans un prix du CO2 élevé au niveau mondial, il n’y aura pas de véritable transition écologique ! Ou alors, comme en Allemagne aujourd’hui, les ménages paieront sous forme d’impôts et de taxes les subventions aux renouvelables. En ce sens il s’agit bien d’un problème économique mais dont la solution ne peut revenir aux seuls acteurs du marché. La réunion des parties prenantes, politiques, économiques pour aboutir à une taxation juste du carbone est la seule solution. Elle permettra d’enclencher une véritable transition vers des énergies bas carbone, renouvelables mais également nucléaires.

 

About Author

Ségolène est rédactrice web sur L’Energie en Questions. Avec une expérience de plus de quinze ans dans le secteur informatique, Ségolène a occupé successivement les postes de chargée de suivi commercial, contrôleur de gestion, contrôleur interne et enfin business analyst au sein du département Marketing. Des métiers qui lui m’ont permis d’être à l’aise avec les chiffres, de faire preuve d’esprit de synthèse et de pédagogie. L’écriture a toujours été présente en fil rouge dans ses missions quotidiennes, pour vulgariser les concepts et transmettre les messages aux bonnes personnes, au bon moment.

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