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3 questions à… Agrisoleil 87, le photovoltaïque pour les bâtiments agricoles

Auto-financer des bâtiments agricoles grâce à la production d’énergie solaire, tel est le principe de la société Agrisoleil Innovation. Dans la Haute-Vienne, Damien Beaugerie préside depuis 2015 la filiale locale Agrisoleil 87, après avoir observé un modèle qui fonctionnait. « Des investisseurs étrangers viennent en France nous proposer des bâtiments couverts de panneaux solaires “clés en main”. En échange de ces infrastructures, ils exploitent pour une durée indéterminée les toitures couvertes. On s’est dit que s’ils y trouvaient un avantage, on pourrait nous aussi en trouver un ! »,  explique-t-il. Ce constat a conduit 20 agriculteurs haut-viennois à se regrouper pour construire 21 bâtiments d’élevage de près de 1 000 m2 chacun. Équipés d’une centrale photovoltaïque de 108 kWc et recouverts de panneaux solaires, ils produisent de l’électricité qui permet de financer des coûts de construction élevés.

– Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour mener à bien ce projet ?

Damien Beaugerie : Dire que ce projet a été un parcours du combattant serait mentir ! Dans l’Indre, des agriculteurs s’étaient déjà lancés dans une entreprise semblable à Agrisoleil 87. Nous avions donc une sorte d’exemple à suivre. En plus, la Chambre d’agriculture du département était évidemment de la partie. Cependant, pour le financement, nous avons été attendus au tournant par les banques. Notamment sur les taux d’emprunt, où il a fallu se battre pour qu’elles fassent des efforts. Forcément, un tel projet avec 20 agriculteurs a dû leur faire un peu peur. Ces discussions ont provoqué quelques retards. Malgré tout, cela n’a pas été plus contraignant. En revanche, nous avons vraiment été en difficulté pour trouver la bonne entreprise qui s’occuperait de nos panneaux solaires. Il y en avait plein. Certaines sont même venues nous démarcher. Nous voulions une entreprise qui ait pignon sur rue pour ne pas être pris au dépourvu si elle fondait les plombs. Au final, nous avons décidé de travailler avec EDF-ENR. C’est bête, mais de voir marquer « EDF », ça rassure… 

– Pensez-vous qu’à l’avenir tous les bâtiments agricoles pourront être couverts de panneaux solaires ?

Ce serait une bonne chose, mais ça me semble très compliqué. Si je prends l’exemple de mes bâtiments, certains n’auraient aucune raison d’être couverts de panneaux photovoltaïques car ils sont mal situés et surtout très mal orientés. Mais plus que la simple contrainte d’emplacement, il y aura toujours un problème de mentalité, une peur de se lancer. Les prix de rachat de l’électricité ont beaucoup baissé. Mais d’un autre côté, le coût de telles installations a également chuté. Toujours est-il que se lancer dans de tels projets ressemble à un pari plus qu’à un investissement dont on est certain qu’il nous rapportera gros. De plus, si c’est un bâtiment qui sert à stocker du fourrage, les coûts d’assurance deviennent très élevés. Encore une fois, ce ne sont pas des projets dans lesquels on se lance sur un coup de tête. Il y aura donc toujours des agriculteurs qui n’oseront pas franchir le pas.

– Trouvez-vous que l’État en fait assez pour favoriser et accompagner de tels projets ?

Plus ou moins… Quand Emmanuel Macron est venu en Haute-Vienne (le 9 juin 2017), nous lui avons dit ce que nous pensions au sujet d’un projet comme le nôtre. C’est très bien d’accompagner les agriculteurs dans de telles démarches. Mais au niveau du raccordement au réseau électrique, nous avons eu l’impression de ne rien comprendre. Nous ne disposions d’aucune échelle de prix par rapport à la distance de raccordement, ni d’aucune idée de l’endroit où nous serions raccordés. Certains étaient à 50 mètres d’un point de raccordement et ont dû payer plus cher que d’autres qui étaient à 100 ou 150 mètres. C’est quelque chose d’assez étonnant et qui a le mérite de nous déstabiliser. Au final, le coût moyen du raccordement s’élevait autour de 18 000 euros. De tels projets sont donc coûteux. En tant que président de la société, j’ai signé des chèques avec un nombre de zéros qui fait frémir ! Donc payer sans comprendre le pourquoi du comment reste déboussolant. Il y a parfois une réelle asymétrie d’information.

À propos de l'auteur

Journaliste en formation, Etienne Cholez s'intéresse de près aux innovations créées pour trouver des solutions aux enjeux énergétiques et climatiques de demain. Il n'en oublie pas pour autant sa passion pour le sport. C'est en tant que rédacteur web qu'Etienne Cholez essayera d'apporter des réponses concrètes à toutes vos questions.

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