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3 questions à… un dirigeant d’ENEDIS en région sur le projet Hercule

En juin 2019, « Hercule » était présenté aux syndicats d’EDF. Ce projet de réorganisation visait la scission d’EDF en deux entités : une bleue pour la production nucléaire, hydroélectriques et le transport de l’électricité via RTE ; et une verte pour la commercialisation comprenant Enedis, les énergies renouvelables (hors hydraulique), EDF Outremer et Dalkia. Immédiatement, les représentants des employés avaient appelé à une mobilisation le 19 septembre 2019. Un immense chantier attend donc une grande partie du secteur de l’électricité dans l’Hexagone. Un dirigeant d’Enedis a bien voulu répondre à nos questions sur ce projet qui pourrait se décider au début de l’année 2020. En charge de la gestion du réseau électrique en France, Enedis rentrera dans l’entité verte. Ce transfert inquiète car Enedis est une société indépendante, alors que l’entité verte sera la plus ouverte aux capitaux privés.

– Les manifestations ont-elles eu de lourdes conséquences sur vos activités ?

Il y a eu effectivement quelques mouvements sociaux. La moitié du personnel a exercé a minima une heure de grève ce jour-là (19 septembre), sans grandes conséquences pour l’activité. Il faut rappeler que nous sommes dans une période d’élections pour les représentants du personnel. Donc ces mouvements ont aussi valeur de campagne électorale. Il ne reste cependant que des manifestations à titre préventif car EDF n’a fixé, pour l’instant, que les grandes lignes de la réflexion que lui a commandée l’État pour fin 2019. Cependant, je peux tout à fait comprendre la préoccupation de certains salariés. Plus de 160 000 personnes travaillent pour le groupe EDF à travers le monde. Il est donc normal qu’il y ait une certaine crainte à l’évocation d’une réorganisation profonde de la structure du groupe. Rien n’est encore acté à ce jour. L’État, actionnaire majoritaire, décidera des suites qu’il entend donner à la proposition du groupe.

– Que pourrait changer ce grand chamboulement pour Enedis ?

À ce stade, je ne peux pas dire si le projet Hercule changera réellement quelque chose pour nous. Mais pour bien comprendre la problématique, il est important de rappeler les raisons de ce projet.

Tout d’abord, il y a la loi de 2010 qui est en cause pour favoriser l’entrée de la concurrence sur le marché de l’électricité. EDF est obligé de revendre [aux autres fournisseurs] 100 TWh chaque année à 42 euros le MWh (mégawattheure). Un prix fixe depuis 2011, appelé ARENH (Accès régulé à l’électricité d’origine nucléaire historique). Problème : le marché de l’électricité, lui, n’est pas fixe. Que les prix du marché soient plus hauts ou plus bas que celui d’EDF, le groupe ne peut en profiter quoi qu’il arrive. Quand les prix sont bas, l’électricité d’EDF n’attire personne car elle est trop chère. Et quand les prix sont plus hauts que celui du groupe, EDF ne peut rehausser ses prix pour gagner plus.Il y a donc une certaine nécessité à réformer ce système.

À cela s’ajoutent le développement des énergies renouvelables et la volonté du gouvernement d’appliquer la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie), tout en continuant le nucléaire dans les meilleures conditions. C’est un réel investissement qui attend tout le secteur. La PPE chiffre à 270 milliards d’euros l’ensemble des investissements, tous acteurs confondus, à engager d’ici à 2028 pour réussir cette transition énergétique en France.

Pour assumer son rôle de champion de la transition énergétique et continuer de développer l’entreprise, le groupe EDF doit poursuivre ses investissements, moteurs de la croissance. Une meilleure régulation est une source possible et même essentielle de financement, mais pas la seule solution. Évidemment, on peut penser à augmenter les prix de l’électricité, mais le gouvernement sait que ce levier est limité au vu du contexte de contestation sociale.Donc des capitaux privés doivent intégrer le groupe EDF. L’État manque d’argent, et EDF accuse une dette de plusieurs milliards d’euros. Ce qui n’a rien d’inquiétant au vu de la taille du groupe. Les marchés financiers pourraient également apporter au groupe plus de capitaux qu’aujourd’hui sur ses activités de développement d’énergies renouvelables et de services aux clients et aux territoires, sous réserve d’une meilleure visibilité.

En ce sens, cette réorganisation ne nous touche pas trop. Nous sommes un organisme qui restera indépendant en raison de notre activité régulée portant uniquement sur le réseau de distribution de l’électricité en France.

Enedis rentrera dans l’entité verte, la plus ouverte aux capitaux autres que ceux de l’État. Cependant, l’entité bleue que l’État pourrait décider de détenir à 100 % restera l’actionnaire majoritaire de l’entité verte, conservant ainsi une structure de groupe intégrée. Il n’y a alors aucune raison de s’inquiéter pour nos activités. Le groupe EDF sera toujours un actif stratégique pour l’État et, qui plus est, autant à vous qu’à moi et à tout le monde. La France n’a donc aucun intérêt à tirer vers le bas un tel groupe. 

– Ce n’est donc pas la fin du service public de l’électricité, comme on l’entend depuis quelques temps ?

Évidemment que non ! Et, de manière générale, qu’est-ce que le service public au XXIème siècle ? Les banques ou la santé sont des services publics, et pourtant il y a bien des groupes privés derrière. J’ai l’impression que certains opposent service public et rentabilité. Mais comment, sans rentabilité, voulez-vous qu’un service public dure dans le temps et se bonifie au fil des années ? Aujourd’hui, toute la France peut s’alimenter en électricité à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Sans oublier que les gestionnaires de réseau, Enedis et RTE (Réseau de transport d’électricité), continueront d’intervenir là où il faut et quand il faut. Alors parler d’une fin du service public de l’électricité me semble bien éloigné de la réalité. Ce n’est pas parce que des capitaux privés entreront en jeu que l’électricité n’arrivera plus.

Forcément, une telle réorganisation provoque des réactions diverses et extrêmes. Mais un tel projet reste un sujet passionnant, surtout à notre ère où la transition énergétique bouleverse la totalité du secteur de l’énergie. Face à une telle révolution, il est normal qu’il y ait des changements à tous les étages.

À propos de l'auteur

Journaliste en formation, Etienne Cholez s'intéresse de près aux innovations créées pour trouver des solutions aux enjeux énergétiques et climatiques de demain. Il n'en oublie pas pour autant sa passion pour le sport. C'est en tant que rédacteur web qu'Etienne Cholez essayera d'apporter des réponses concrètes à toutes vos questions.

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