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3 questions à… I-ENER, société citoyenne spécialisée dans les énergies renouvelables

Le XXIe siècle est d’ores et déjà celui du changement climatique, un défi à l’échelle de l’humanité toute entière. Face à cette urgence, bon nombre d’initiatives citoyennes voient le jour à travers le monde. Mais devant le plus grand défi écologique de tous les temps, il serait impossible de ne pas parler d’énergie. Jusque-là jugée complexe, cette question intéresse désormais les citoyens, qui commencent à s’en emparer concrètement. Rencontre avec Iban Lacoste, unique salarié de la société citoyenne I-ENER basée au Pays basque.

– C’est quoi, I-ENER ? 

Iban Lacoste : I-ENER est une société citoyenne qui a pour but l’appropriation des énergies renouvelables par les habitants du Pays basque. Elle a été créée en 2014 par plusieurs personnes évoluant de près ou de loin dans le milieu de l’énergie et qui souhaitaient – et souhaitent toujours – que les Basques s’emparent des énergies renouvelables. À cela s’ajoutait l’étude de Xabier Zubialde Legarreta (« Vers la souveraineté énergétique d’Euskal Herria »), qui démontrait que le Pays basque était dépendant à 99 % de points de production lointains. 

– Pourquoi cette volonté de société citoyenne ?

L’énergie est un milieu qui semble parfois compliqué, mais qui intéresse toujours. Il y a beaucoup de paramètres qui s’entrechoquent pour que cela fonctionne. Mais une fois en place, on entre dans un cercle vertueux. C’est assez paradoxal, quand on y pense. On sait ce que peuvent nous apporter des installations de panneaux solaires, mais comme cela marche sur du long terme, c’est toujours compliqué de se lancer. Alors qu’avec une société citoyenne, n’importe qui peut s’investir dedans. De fil en aiguille, de plus en plus de personnes s’investissent. Aujourd’hui, nous avons près de 500 actionnaires : des jeunes comme des moins jeunes, qui se sont tous investis à hauteur de 50 euros minimum, qu’ils pourront récupérer au bout de cinq ans. Ces actionnaires votent tous les cinq ans pour élire 12 administrateurs, qui dirigent le conseil d’administration. Mais peu importe le montant de son action, toutes les voix pèsent le même poids.


Exemple de projet réalisé par I-ENER au centre technique municipal de Bidarray (Pyrénées-Atlantiques). © I-ENER

Aujourd’hui, nous ne travaillons qu’avec les collectivités. Nous installons des toitures de panneaux solaires sur des gymnases ou des salles des fêtes. Mais c’est assez remarquable, parce que de plus en plus de personnes parlent de nous. Par exemple, grâce à nos nombreuses assemblées générales ainsi que le bouche-à-oreille, beaucoup d’habitants des alentours de Saint-Jean-Pied-de-Port (la société est située précisément à Saint-Jean-le-Vieux) ont appris que l’État recalculait la vente de l’électricité produite par des panneaux solaires tous les trois mois. C’est comme ça que les citoyens s’approprient les énergies. 

– Comment voyez-vous l’avenir d’une société comme la vôtre ?

Tout d’abord, nous aimerions embaucher d’autres salariés. Mais notre manière de travailler ainsi que notre jeune existence limite cette envie. Nous signons des conventions de mise à disposition pour 25 ans avec les collectivités et, au bout de ce quart de siècle, ces dernières décident de reprendre, ou non, le contrôle de leur centrale photovoltaïque. Nous avons commencé notre activité en 2016, donc il est difficile de générer un deuxième, voire un troisième salaire pour l’instant. D’autre part, d’un point de vue technologique, nous aimerions aller plus loin que l’installation de panneaux solaires. Pourquoi pas travailler sur des barrages ou, comme récemment, sur des projets de méthanisation avec des agriculteurs locaux ?

Nous espérons former des groupes de travail entre actionnaires, où chacun apporte son idée dans différents secteurs. Le but d’I-ENER, c’est d’être une sorte de circuit court de l’énergie au Pays basque et, pourquoi pas, rendre cette région autonome au niveau énergétique. Enfin – et c’est peut-être le plus important : notre société fait partie d’un programme européen dans lequel 13 entreprises comme la nôtre, provenant de sept pays différents, se réunissent régulièrement pour innover ou chercher de meilleurs moyens pour que les citoyens s’approprient largement les énergies renouvelables.

À propos de l'auteur

Journaliste en formation, Etienne Cholez s'intéresse de près aux innovations créées pour trouver des solutions aux enjeux énergétiques et climatiques de demain. Il n'en oublie pas pour autant sa passion pour le sport. C'est en tant que rédacteur web qu'Etienne Cholez essayera d'apporter des réponses concrètes à toutes vos questions.

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