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Énergies renouvelables : l’Afrique sera-t-elle à la hauteur de son ambition ?

Le futur leader mondial des énergies renouvelables se trouve peut-être de l’autre côté de la Méditerranée. Depuis plusieurs années, le Berceau de l’Humanité n’en finit plus de surprendre par ses nombreux projets d’envergure dans les énergies vertes.  Dernièrement, c’est le Kenya qui est apparu comme nouveau poids lourd de l’éolien. Le 19 juillet, le président kényan Uhuru Kenyatta a inauguré un parc dans une zone semi-désertique aux abords du lac Turkana (un des endroits les plus venteux du monde). Cette installation de 365 éoliennes, la plus grande d’Afrique, dispose d’une capacité de 310 MW. Elle fournit plus de 15 % des besoins en électricité du pays, qui s’est fixé l’objectif de produire 100 % de son énergie à partir de sources renouvelables d’ici 2020. Mais  à l’image du Kenya, le continent africain saura-t-il un jour concrétiser ses ambitions particulièrement élevées dans ce domaine ?

AREI : un continent mobilisé autour des énergies vertes

En matière d’énergies vertes africaines, l’AREI (Initiative africaine pour les énergies renouvelables) est devenue en quelques années un acteur incontournable. Créée peu de temps après la COP21 de Paris en 2015, cette organisation coordonne les projets du continent en matière d’énergies renouvelables. « C’est vrai qu’au début, beaucoup de chefs d’État n’y croyaient pas. Mais […] l’engagement de nos amis a montré que ce n’est pas seulement des promesses », se félicite le président guinéen Alpha Condé. L’AREI affiche en effet des objectifs ambitieux à court, moyen comme à long terme. À l’horizon 2030, ce regroupement d’États africains entend produire pas moins de 300 GW d’énergie propre. À titre de comparaison, l’Union Européenne a attribué une aide financière de 2,7 milliards d’euros sur la période 2014-2020 pour que l’Afrique subsaharienne produise 5 GW d’énergie propre, synonyme d’accès à l’énergie pour 30 millions de personnes…

Dans cette optique, le projet Lake Turkana Wind Power au Kenya représente un test à grande échelle des immenses capacités africaines en matière d’énergies vertes. Dans un continent où plus de la moitié de la population n’a toujours pas accès à l’électricité (soit 600 millions de personnes), la moitié de l’énergie générée provient déjà de sources renouvelables. D’après l’IRENA (Agence internationale pour les énergies renouvelables), cette part devrait atteindre 65 % en Afrique d’ici 2030. C’est-à-dire que dans une dizaine d’années, environ deux tiers de la capacité énergétique du continent africain proviendra de sources renouvelables. 

Éolien, photovoltaïque ou hydraulique : tout est bon dans le renouvelable africain

Pour en arriver à ces prévisions, l’IRENA se base sur les nombreuses réalisations qui ont déjà vu le jour, à commencer par le faramineux projet éthiopien Gibe III. Inauguré en décembre 2016, ce barrage hydraulique d’une capacité d’1,87 GW est censé pallier la demande en électricité de la population, et même revendre l’énergie excédentaire sur les marchés internationaux. Il doit ainsi permettre à l’Éthiopie de devenir auto-suffisante en électricité à l’horizon 2035…

Mais le continent africain est aussi déjà très avancé en matière d’énergie solaire.  Au Sénégal, le gouvernement a par exemple inauguré la centrale photovoltaïque Ten Mérina en janvier 2018 afin de remplacer à court terme la totalité des unités de production à base de fioul. D’une capacité de 30 MW, c’est la quatrième centrale à avoir été construite dans ce pays en un peu plus d’un an. En Afrique, le champion du solaire reste toutefois ‒ et de loin ‒ le Maroc, qui dispose du plus grand parc photovoltaïque au monde sur le site de Noor Ouarzazate, à 200 km au sud-est de Marrakech. Son premier complexe, inauguré en février 2016, offre déjà une capacité de 160 MW, soit de quoi alimenter près de 600 000 habitants en électricité. D’ici l’an prochain, le Maroc ambitionne de produire 2 GW d’énergie d’origine solaire pour obtenir un mix énergétique à 42 % d’origine renouvelable ‒ et 52 % d’ici 2030.

On le sait, le pari de l’énergie renouvelable est fastidieux. Pour produire une énergie moins chère, il faut être prêt à attendre des résultats qui n’apparaissent que sur le long terme. Grâce aux initiatives déjà engagées, les progrès africains pourront se mesurer localement dès 2020. Mais pour juger de sa réussite au niveau continental, c’est en 2030 que l’Afrique nous donne rendez-vous.

À propos de l'auteur

Journaliste en formation, Etienne Cholez s'intéresse de près aux innovations créées pour trouver des solutions aux enjeux énergétiques et climatiques de demain. Il n'en oublie pas pour autant sa passion pour le sport. C'est en tant que rédacteur web qu'Etienne Cholez essayera d'apporter des réponses concrètes à toutes vos questions.

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