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Biocarburants : est-ce réellement l’avenir ?

Sources perpétuelles de conflit, les énergies fossiles (avec le pétrole en figure de proue) perdent petit à petit leurs lettres de noblesse. Les récents événements en Arabie saoudite l’ont encore prouvé. Une attaque d’origine encore inconnue a balayé deux des plus importants sites de production d’or noir du pays. Ce fait inattendu se ressentira évidemment à la pompe. Pour pallier cette instabilité permanente ainsi que pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les biocarburants prennent de plus en plus de place dans les débats et les réservoirs des consommateurs. Alors, ce carburant est-il réellement une bonne alternative ?

Les biocarburants de première génération

Dans la famille des biocarburants, il y a plusieurs générations. Trois, pour être précis. La première séparée en deux entités : le bioéthanol (pour l’essence) et le biogazole (pour le diesel). Fabriqués à partir de matières organiques (végétales, le plus souvent), ces carburants proviennent de la biomasse. Appelés aussi « agrocarburants », ils sont utilisés principalement comme additifs aux carburants fossiles.

Le bioéthanol destiné à l’essence se divise en deux parties : l’éthanol et l’ETBE (« ethyl tertbutyl ether » en anglais). Ces deux branches sont d’origine agricole et efficaces grâce aux sucres contenus dans les végétaux (betteraves sucrières ou céréales, telles que le blé ou le maïs). Elles représentent environ 3 % de la surface agricole française de céréales et de plantes sucrières. Chacune des deux présente des avantages et des inconvénients. Pour l’éthanol, il est à 100 % d’origine végétale mais n’est pas facile à incorporer dans l’essence. Cependant, il réalise une percée fracassante dans l’Hexagone grâce au Superéthanol E85, qui contient jusqu’à 85 % d’éthanol. 

Pour son dérivé, l’ETBE, la composition n’est pas aussi propre que celle de l’éthanol. Notamment parce qu’il est mélangé à de l’isobutène (produit pétrolier). L’ETBE est pourtant bien plus facile à incorporer à l’essence. L’éthanol et l’ETBE sont utilisés systématiquement dans le SP95 et le SP95-E10.

Le biodiesel, quant à lui, se divise en trois types d’huile. Toutes sont des « EMAG » (ester méthylique d’acide gras). D’abord à base d’huiles végétales de plantes oléagineuses (colza ou tournesol), il peut aussi être constitué de graisses animales ou d’huiles végétales alimentaires usagées. Les techniques de transformation en biodiesel de ces diverses huiles génèrent plusieurs déchets, comme le tourteau (valorisé dans l’alimentation animale) et la glycérine (valorisée dans le domaine pharmaceutique ou cosmétique). 

Ces deux biocarburants présentent donc de nombreux avantages. Notamment pour leurs origines végétales, qui répondent aux objectifs du développement des agrocarburants. Entre réduction des gaz à effet de serre, diminution de la dépendance énergétique pétrolière et ouverture de nouveaux débouchés pour les filières agricoles, le contrat semble rempli. Malheureusement, ces biocarburants première génération rentrent directement en concurrence avec la culture vivrière. C’est donc pour cela que des carburants de seconde génération sont en développement…

Les biocarburants de deuxième génération

Cette deuxième génération de biocarburants comporte plusieurs avantages. Formé de matières végétales dites « lignocellulosique », l’agrocarburant deuxième du nom se penche davantage sur les déchets agricoles. Principalement issues de paille, de déchets forestiers ou de cultures dédiées, ses ressources sont donc plus importantes et non-comestibles. Les matières premières ne rentrent donc pas dans le problème d’alimentation de l’humanité. La difficulté majeure reste toutefois la production. Le « bioéthanol avancé » nécessite plus de transformation et donc plus de coûts.

Quant à la troisième génération, elle utilise les algues ou les micro-organismes. Elle reste malgré tout sous forme d’embryon car de nombreux défis économiques et scientifiques demeurent à résoudre avant une réelle compétitivité. Les coûts engendrés pourraient élever le prix du baril à 300 dollars, d’après IFP Energies Nouvelles. À titre de comparaison, à la mi-septembre 2019, le baril de pétrole oscillait autour des 61 dollars… 

Un futur radieux pour les biocarburants ?

D’après le site du ministère de la Transition écologique et solidaire, « les biocarburants participent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la mesure où le CO2 dégagé lors de leur combustion est compensé par le CO2 absorbé durant la croissance des végétaux. » Problème : le bilan environnemental peut varier à cause de nombreux paramètres. Région de production et de consommation, modes de production agricole ou industrielle… Heureusement, la volonté principale est de consommer ce que l’on produit sur place. Et non de consommer en France du biocarburant produit au Brésil, par exemple.

La compétitivité est aussi un chantier important. Pour que le prix des agrocarburants puisse concurrencer celui des énergies fossiles, de vraies politiques incitatives sont nécessaires. La France, quatrième productrice mondiale de biocarburants derrière les Etats-Unis, le Brésil et l’Allemagne, affiche une farouche volonté en faveur de ce carburant d’origine végétale. Les lancements en 2007 du Superéthanol E85 et de l’ED95 en 2016 démontrent cette envie. 

À propos de l'auteur

Journaliste en formation, Etienne Cholez s'intéresse de près aux innovations créées pour trouver des solutions aux enjeux énergétiques et climatiques de demain. Il n'en oublie pas pour autant sa passion pour le sport. C'est en tant que rédacteur web qu'Etienne Cholez essayera d'apporter des réponses concrètes à toutes vos questions.

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