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Le charbon « propre » est-il vraiment propre ?

Entre la politique menée par Donald Trump aux États-Unis et celle de Xi Jinping en Chine, le charbon semble avoir encore de l’avenir. D’après l’Agence France Presse, il compterait encore pour 37 % de la production électrique mondiale. Dans le même temps, cette énergie fossile est également à l’origine d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Alors dans une logique de réduction des rejets de CO2, tout en préservant ce mode d’approvisionnement abondant sur la planète, a émergé la solution du charbon « propre ». Réalité ou simple vue de l’esprit ?

Le charbon « propre », qu’est-ce que c’est ?

Malheureusement, le charbon « propre » n’existe pas. Dans le sens où il n’y a pas de charbon moins noir ou réellement moins polluant. Quand on parle de charbon « propre », on fait plutôt référence à plusieurs techniques employées pour réduire l’empreinte carbone de ce combustible. Son extraction, sa couleur ou sa composition restent les mêmes. Cependant, par le biais de plusieurs techniques, le charbon devient indirectement moins « polluant ». De quelle manière ?

Donald Trump ne s’en cache pas : il aime le charbon ! Et quand le président des États-Unis évoque le charbon « propre », il désigne la technique dite de « séquestration et stockage du carbone ». Ce procédé consiste à capter les polluants à la sortie des cheminées de la centrale à charbon, puis à les stocker sous terre. Aujourd’hui, seules deux centrales sont équipées de cette technologie : Petra Nova, au Texas, et Boundary Dam, dans la province canadienne du Saskatchewan. La réduction des émissions de carbone se heurte toutefois à deux problèmes majeurs : le coût et le stockage du carbone. D’après le MIT (Massachusetts Institute of Technology) et l’EIA (Agence américaine d’information sur l’énergie), ces deux projets avaient dépassé le milliard de dollars. L’expérience, déjà tentée en Allemagne, avait également souffert de contestation. 


Le coût exorbitant de cette technique représente donc un sérieux obstacle à son avenir. Surtout aux Etats-Unis, où le gaz de schiste est, dans le même temps, abondant. D’après Nicolas Berghmans de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), ce procédé « double à peu près les coûts de production d’électricité à charbon ». Plus que les simples coûts de séparation du carbone, ceux du transport jusqu’à une zone géologique viable pèsent aussi dans la balance. Selon l’Agence internationale de l’énergie, « l’offre abondante de gaz et la croissance des énergies renouvelables devraient continuer à constituer des obstacles pour l’utilisation du charbon et limiter la perspective d’une résurgence de la construction de nouvelles centrales électriques à charbon ».

Quid des centrales à charbon supercritiques ?

Pour faire face à l’obstacle financier, une nouvelle génération d’infrastructures a vu le jour : les centrales à charbon supercritiques. Plus rentables, elles permettraient de réduire de 20 % les gaz à effet de serre d’une centrale à charbon conventionnelle. Leur fonctionnement est similaire. Après avoir été extrait de la mine, le charbon est broyé puis chauffé à haute température. Il sert ensuite de combustible pour chauffer l’eau d’une chaudière géante. L’eau, alors sous forme de vapeur, est envoyée à très haute pression dans une turbine qui génère de l’électricité. Mais les centrales supercritiques ont besoin d’environ 20 % de charbon en moins pour produire la même quantité d’électricité. Pour ce faire, le charbon brûle à une température plus élevée (plus de 565°C). La vapeur d’eau est envoyée, elle-aussi, avec davantage de pression (plus de 250 bars).

Ces centrales ont beau être plus efficace, elles n’en restent pas moins très polluantes. 67 % du carbone émis par une centrale conventionnelle se retrouve directement dans l’atmosphère. Contre 55 % pour une structure supercritique, selon Planète Energies. Ces centrales font cependant les yeux doux à la Chine. Une évidence pour Dominique Seux, journaliste aux Échos… « La Chine produit autant de charbon que la totalité du reste du monde », explique-t-il. Dans le même temps, l’Allemagne a aussi tenté le coup. Mais elle se heurte aux coûts élevés de ces centrales vouées à disparaître. Nos voisins d’outre-Rhin, déjà avancés dans leur transition énergétique, se sont fixés comme objectif d’arrêter le charbon d’ici 2038. Ils doivent d’abord sortir du nucléaire en 2022. À la manière de l’Allemagne, le charbon devrait donc disparaître avec l’essor massif des énergies renouvelables. Sa version dite « propre » permet néanmoins aux pays comme l’Inde et la Chine de repousser l’échéance, tout en gardant bonne conscience. 

À propos de l'auteur

Journaliste en formation, Etienne Cholez s'intéresse de près aux innovations créées pour trouver des solutions aux enjeux énergétiques et climatiques de demain. Il n'en oublie pas pour autant sa passion pour le sport. C'est en tant que rédacteur web qu'Etienne Cholez essayera d'apporter des réponses concrètes à toutes vos questions.

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