BiomasseDébats publicsFact checking

Climat : les méga-feux de forêt vont-ils devenir plus fréquents ?

Les gigantesques incendies qui ravagent actuellement la forêt amazonienne sont tous sauf une exception. À travers le monde, les feux de forêts se déclarent partout, de la Sibérie à l’Indonésie en passant par Madagascar, le bassin du Congo ou encore les îles Canaries. Et ils semblent être de plus en plus grande taille. L’été dernier, ces méga-feux ont atteint des niveaux historiques en Californie et en Grèce, causant à chaque fois près d’une centaine de victimes. Avec le réchauffement climatique, faut-il s’attendre à en voir plus souvent ?

Par son ampleur et sa soudaineté, le méga-feu qui décime actuellement la forêt amazonienne a monopolisé une partie des débats du G7. Par tweets interposés, Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro, les présidents français et brésilien, ont attisé les flammes d’une catastrophe devenue mondiale. Quelques jours après son appel à sauver la « maison » amazonienne, le chef de l’État français a également mis en lumière les milliers d’incendies enregistrés par la NASA dans la forêt du bassin congolais. Le public français a alors découvert que l’ensemble de la planète en était recouverte. En Sibérie, les feux durent depuis près de trois mois et ont déjà réduit en cendres une surface de la taille de la Grèce, selon Greenpeace. Cette situation est-elle accrue par le réchauffement climatique ?

carte-incendies-planete-NASA
Carte mondiale des incendies recensés par la NASA en août 2019

Amazonie, bassin du Congo : la disparition programmée des forêts

« En Arctique, les feux sont plutôt naturels, mais le changement climatique augmente leur fréquence ou leur intensité en allongeant les périodes propices au feu. On peut difficilement les atteindre, affirme Olivier Boucher, directeur de recherches en science de l’environnement. En Afrique subsaharienne, où les feux brûlent essentiellement dans la savane, c’est surtout la déforestation humaine qui inquiète. « Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100 », s’est inquiété Félix Tshisekedi, président de la République Démocratique du Congo.

En Amérique latine, la situation est encore plus préoccupante. Les méga-feux pourraient quasiment faire disparaître l’Amazonie dès 2050, selon Philippe Grandcolas, écologue au CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle… Là aussi, la déforestation provoque des dégâts d’autant plus importants qu’elle se pratique de manière industrielle. Mais contrairement à avant, « le feu pénètre dans des zones de forêt où il ne pénétrait pas avant, comme dans la terre indigène de Xingu », souligne Ludivine Eloy Costa, géographe au CNRS. Et « avec le réchauffement [climatique], les modèles président une saison sèche plus longue et plus d’années sèches, donc plus de feux », alerte Philippe Ciais, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement.

Une conséquence de la déforestation importée ?

Pour limiter la casse et ralentir la progression des méga-feux, Jair Bolsonaro a fini par signer un décret interdisant les brûlis agricoles (défrichement par le feu) au Brésil. Avec la pression internationale, on peut espérer que le controversé président brésilien sera désormais moins conciliant avec les acteurs de la déforestation. L’abattage d’arbres brésiliens pour planter du soja ou élever du bétail a progressé de 80 % entre 2018 et 2019. De son côté, Emmanuel Macron a appelé ses homologues européens à réduire leur dépendance « protéinique » vis-à-vis de l’Amérique du Sud. Pour nourrir ses bêtes, la France importe elle-même entre 3,5 et 4,2 millions de tonnes de soja par an, dont 61 % en provenance du Brésil.

empreinte-France-deforestation-monde
Le Brésil est le pays le plus atteint par la déforestation due à la consommation française. ©WWF

Une partie de la solution doit donc venir de la mise en œuvre du plan climat français de juillet 2017, qui appelle à « mettre un terme à la déforestation importée ». En développant la filière des protéines végétales, et notamment la culture du soja et des légumineuses sur le sol français. Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, plancherait ainsi depuis le début de l’année sur une stratégie protéines végétales à l’échelle européenne. Au niveau national, elle viserait à réduire la dépendance de la France aux importations de 45 à 35 %. Mais faute de rendement suffisant, la « souveraineté protéinique » souhaitée par Emmanuel Macron semble « a priori peu accessible à moyen terme », selon un rapport de l’Académie d’agriculture de France. Il ne faudra pas s’étonner si l’Amazonie continue à brûler…

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

Commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer