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Durcissement de la prime à la conversion : les grosses cylindrées repassent-elles à l’attaque ?

Le 1er août, les conditions pour bénéficier de la prime à la conversion (ex-prime à la casse) deviennent plus strictes. La faute à un nombre de demandes en forte hausse, qui a déjà dépassé de 300 millions le budget de 596 millions d’euros annuels alloué par le gouvernement. Au premier semestre 2019, Bercy aurait ainsi enregistré plus de 220 000 dossiers, contre seulement 100 000 au premier semestre 2018. C’est justement le moment qu’à choisi un célèbre constructeur allemand pour dévoiler une publicité ouvertement provocatrice pour son nouveau SUV. Avec un slogan qui semble se moquer de toute considération environnementale. Faut-il s’attendre à une contre-attaque en règle des constructeurs de grosses berlines ?

La puissance au détriment du climat ?

Dans quelques heures, la généreuse prime à la conversion étendue à tous les ménages en janvier 2018 aura vécu. Les aides à l’achat d’un véhicule moins polluant ont été sérieusement revues à la baisse. Pour les modèles thermiques neufs ou d’occasion, seuls les automobilistes au revenu fiscal inférieur à 13 489 euros par part pourront encore en bénéficier. Ceux aux revenus supérieurs devront se reporter sur les véhicules électriques ou hybrides, seulement à certaines conditions. En outre, la nouvelle prime ne concernera plus que les véhicules classés Crit’Air 1 ou Crit’Air 2 et immatriculés après le 1er septembre 2019. Ces derniers devront afficher un niveau d’émissions de CO2 inférieur à 117 g/km, contre 122 g/km précédemment. Cette baisse du plafond exclut ainsi de nombreux modèles populaires, comme la Renault Clio, la Fiat 500 ou la Dacia Sandero.

Face au durcissement de la législation française, comment ont réagi les constructeurs ? Si le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) a regretté que les véhicules diesels soient désormais exclus du dispositif, c’est surtout la marque allemande BMW qui s’est fait remarquer par un bandeau publicitaire très polémique. Sur son site suisse, le slogan « Mille pouvoirs. Zéro devoir » fait en effet l’éloge de la puissance du moteur de la gamme X5, qui émet entre 229 et 250 grammes de CO2 par km. Soit près du double du nouveau plafond pour la prime à la conversion. Ce message joue clairement la carte de la provocation à l’heure de la transition énergétique et de la lutte contre le réchauffement climatique. Une démarche que le député français Matthieu Orphelin n’a pas hésité à dénoncer dans un tweet qui ne manque pas de sarcasme…

Bientôt plus de gros moteurs sur nos routes ?

En Suisse, la publicité a été qualifiée de « pathétique », de « cynique » et même d’ « irresponsable » par des élus verts et de gauche. En France, Matthieu Orphelin préfère manier l’ironie en suggérant un mépris assumé des questions climatiques. Il évoque toutefois le futur plafond européen de 95 grammes de CO2 par km pour les véhicules neufs en 2021. Dans cette perspective, BMW fait partie des plus mauvais élèves avec 122 g/km de moyenne en 2017, à égalité avec Volkswagen. Seuls Daimler (maison-mère de Mercedes) et Jaguar ont fait pire avec respectivement 127 g/km et 151,4 g/km… Sur le site français du constructeur allemand, le slogan polémique reste toutefois absent de l’argumentaire de vente. Mais les mêmes ficelles chargées de testostérone sont tirées, avec des références à la « puissance », à l’ « âme de leader », à « la force de mener » et à la « confiance en soi »…

Alors faut-il redouter de voir de plus en plus de grosses cylindrées débarquer dans nos rues et sur nos routes ? Vu le prix du modèle d’entrée de gamme à 65 900 euros, on peut raisonnablement en douter… D’autant que la taxe sur les très gros moteurs (plus de 36 chevaux fiscaux) a rapporté deux fois moins que prévu en 2018 (15 millions d’euros contre 30 millions d’euros prévus). En revanche, le malus écologique sur les véhicules polluants a battu tous les records l’an dernier avec 560 millions d’euros de recettes, soit 40 % de plus qu’en 2017. Les considérations environnementales ne sont donc pas (encore) prioritaires pour les ménages français…

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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