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Énergie-climat : des annonces qui soufflent le chaud et le froid

En marge du congrès du Syndicat des énergies renouvelables (SER) les 6 et 7 février à Paris, les acteurs de la filière renouvelable française ont accueilli plusieurs nouvelles tantôt encourageantes, tantôt préoccupantes en matière d’écologie. Tandis qu’ils apprenaient le bond en avant de l’électricité verte dans la consommation électrique nationale, le projet de révision de la loi énergie-climat a lui été fortement critiqué, tout comme la proposition de Bercy de rendre éligibles les véhicules diesel récents à la vignette Crit’Air 1.

La bonne nouvelle de l’électricité renouvelable

Après un recul remarqué en 2017 (-1,2 points), la part d’électricité consommée à partir des énergies renouvelables est largement repartie à la hausse en 2018. De 18,4 %, elle est ainsi passée à 22,7 % (+4,3 points) du mix électrique grâce à une production qui a augmenté de 21,9 % l’an dernier, selon le bilan dressé par RTE (Réseau de transport d’électricité), Enedis, le SER, l’Association des distributeurs d’électricité (ADEEF) et l’Agence ORE. Fin 2018, le parc d’électricité renouvelable français disposait d’une capacité totale de plus de 51 GW, soit près de 2,5 MW supplémentaires par rapport à 2017 et un peu plus que l’objectif fixé par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour la période 2016-2018. Le parc est majoritairement alimenté par la filière hydraulique, qui compte pour près de 50 % (25,5 GW) de sa puissance installée, et complété par l’éolien (15,1 GW), le solaire photovoltaïque (8,5 GW) et les bioénergies (2 GW). À eux seuls, l’éolien et le solaire ont respectivement fourni 5 % et 2,1 % de l’électricité consommée en France l’an dernier. De quoi encourager ces deux filières emblématiques des énergies vertes, souvent critiquées pour leur intermittence et la lenteur de leur développement. Et croire un peu plus dans l’engagement de la France d’atteindre 40 % d’électricité renouvelable d’ici 2030.

Loi énergie-climat : un projet de révision qui inquiète

Au deuxième jour du 20e congrès du SER s’est rapidement propagée la nouvelle d’une fuite du projet de révision de la loi énergie-climat. Dans la mouture provisoire remise au CESE (Conseil économique, social et environnemental), le gouvernement a ajusté plusieurs objectifs de la France par rapport à la précédente loi votée en 2015. Le changement le plus polémique concerne la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 1990 et 2050, qui est remplacée par l’atteinte de la neutralité carbone. Selon François de Rugy, ce nouveau cap symbolique est “bien plus ambitieux” en matière de rejets de GES : il revient à “les diviser par 8 pour atteindre zéro émissions nettes en 2050″. Un objectif conforme à ceux du projet de Stratégie nationale bas carbone (SNBC), même si ce “facteur 8” ne figure pas explicitement dans le projet de loi. L’interprétation du ministre de la Transition écologique et solidaire est toutefois contestée car jugée floue et confuse. Greenpeace considère en effet que la neutralité carbone est “un objectif trop vague et trop éloigné, qui ouvre grand la porte aux fausses solutions, comme les agrocarburants ou les procédés industriels de stockage du carbone”. “La neutralité carbone sans objectif chiffré de réduction laisse la porte ouverte à moins de réduction et plus de “compensation”, concourt Yves Marignac, directeur de l’agence indépendant d’étude sur l’énergie WISE-Paris. La loi devrait donc, en plus de l’objectif zéro net, maintenir un objectif renforcé de réduction des émissions brutes : division par 8 ou plus…”

Le diesel revient (temporairement ?) dans le débat

Parmi les autres mesures proposées dans le projet de révision, l’objectif intermédiaire de réduire de 20 % la consommation énergétique finale d’ici 2030 a été abaissé à 17 %. Il reste fixé à 50 % à l’horizon 2050. En revanche, le gouvernement entend accélérer la baisse de consommation d’énergies fossiles en tablant sur une réduction de 40 % au lieu de 30 % d’ici 2030. L’autre principale nouveauté concerne la création d’un Haut conseil pour le climat (HCC) tel qu’annoncé par Emmanuel Macron en novembre 2018. Cet organisme indépendant aura notamment pour but de surveiller la trajectoire de baisse des émissions de GES et de veiller à la mise en œuvre des politiques et mesures pour réduire ces émissions ainsi que l’empreinte carbone et développer l’adaptation au changement climatique. En marge des débats du congrès du SER, les participants ont appris dans la presse une tout autre nouvelle, plus surprenante celle-là : le ministère de l’Économie envisagerait de rendre éligibles les derniers modèles de véhicules diesel à la vignette Crit’Air 1, aujourd’hui réservée aux voitures à essence récentes ainsi qu’aux hybrides rechargeables. Cette mesure proposée en réunion interministérielle viserait à soutenir une filière en chute libre. En janvier 2019, les véhicules roulant au gazole ont totalisé seulement 34 % des ventes de voitures neuves, contre 70 % en 2012. Sur les quelque 38.000 emplois directement liés à la filière diesel en France, 10.000 à 15.000 seraient menacés à court terme, selon l’Observatoire de la métallurgie. Comme plusieurs élus verts, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la Transition écologique, s’est déclarée clairement défavorable à cette mesure, dont elle a assuré tout simplement qu’elle “n’aura[it] pas lieu”. Fin de la discussion ?

About Author

Camille Vandendriessche est aujourd’hui Rédacteur en chef sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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