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Environnement, santé : faut-il vraiment manger moins de viande ?

Le 2 janvier 2019, un collectif de 500 personnalités a lancé un appel très médiatisé à ne plus consommer de chair animale le lundi, soit au moins un jour par semaine. Si elle a rapidement concentré les critiques sur la stigmatisation des éleveurs, la campagne « Lundi vert » menée par Isabelle Adjani, Juliette Binoche ou encore Yann Arthus-Bertrand ne se contente pas de vanter les bienfaits d’un régime proche du végétarisme. Elle met également en lumière l’impact énergétique, environnemental et sanitaire de la consommation de viande et de poisson sur la planète. Une préoccupation qui a encore bondi début février avec la découverte de 800 kg de viande polonaise avariée commercialisée en France…

Un lourd tribut pour la planète

Pour produire un kilo de viande de bœuf, 35,8 kg de CO2 sont émis en moyenne, soit l’équivalent d’un trajet automobile de 70 km. C’est certes moins que pour un kilo d’agneau (55 kg), mais plus que pour le veau (20,5 kg) et le poulet (6 kg), selon les données de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). À titre de comparaison, la production d’un kilo de tomates s’accompagne de 2,3 kg de CO2 rejetés, contre seulement 0,7 kg pour les pois et 0,6 kg pour les pommes de terre. Du point de vue des émissions de CO2, consommer un steak de bœuf de 125 grammes reviendrait ainsi à manger un kilo d’aliments, illustre Vincent Colomb, ingénieur à l’ADEME. À elle seule, la production de viande bovine représenterait un quart des émissions de gaz à effet de serre engendrées par l’alimentation, d’après une récente étude britannique présentée lors du dernier Forum économique mondial. L’élevage de vaches se révèle également très coûteux en eau, puisque 700 litres seraient nécessaires pour produire un kilo de viande de bœuf, d’après l’INRA (Institut national de la recherche agronomique). Dans son ensemble, l’élevage contribuerait à 14,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre sur la planète, affirme le collectif Lundi vert. Son industrialisation accélère aussi la défiguration des territoires, comme en Amérique du Sud, où 85 % des surfaces forestières déboisées l’ont été pour l’élevage…

Énergie : le coût supérieur de l’élevage

Pour élever des animaux qui se nourrissent essentiellement de végétaux naturels et de nutriments artificiels, les éleveurs utilisent d’importantes ressources d’énergie. Produire une calorie de viande nécessite en effet entre 4 et 11 calories végétales, d’après la FAO (agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture). « S’alimenter avec des végétaux plutôt qu’alimenter des animaux avec des végétaux pour ensuite les consommer permettrait de dégager de 2 à 20 fois plus de protéines par hectare cultivé, et par conséquent de répondre de manière plus rationnelle aux défis alimentaires de la planète dans un contexte de population croissante », soulignent les signataires de la tribune Lundi vert. En rentabilisant davantage les terres exploitées par le monde agricole, cet appel à une consommation plus modérée – voire nulle – de chaire animale vise aussi à pourvoir aux futurs besoins alimentaires d’une population mondiale qui devrait atteindre 10 milliards d’habitants en 2050. Il aspire également à obtenir un meilleur traitement des bêtes, en réduisant notamment l’élevage industriel et intensif qui reste la norme en France et dans le monde.

Moins de viande rouge pour une meilleure santé

Mais l’opération médiatique des 500 personnalités a surtout interpellé pour son parti pris en faveur d’une alimentation proche du végétarisme, voire du véganisme. Les bénéfices d’un tel régime ont pourtant été confirmés par une récente étude publiée le 16 janvier 2019 dans la revue médicale britannique The Lancet. 37 experts de 16 nationalités différentes y révèlent que nous mangeons trop – 3 700 calories par jour en moyenne dans les pays riches, contre les 2 500 recommandées – et mal. Afin de réduire la mortalité de plus de 20 % chez la population adulte, ils recommandent notamment de consommer beaucoup moins de viande rouge, à raison de seulement 14 grammes par jour. En France, la moyenne serait plutôt de 100 grammes, ce qui augmenterait le risque de développer un cancer de 30 % par rapport à 40 grammes quotidiens, selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Les Français devraient également limiter leur consommation de volaille et de poisson à respectivement 29 et 28 grammes par jour afin de réduire par trois leur consommation totale de viande (1,5 kilo par semaine actuellement). Pour remplacer les calories et protéines de la chair animale, ils sont invités à augmenter leurs apports en céréales (232 grammes), en laitages (250 grammes), et surtout en fruits et légumes (500 grammes par jour).

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