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La France est-elle championne du monde des taxes ?

À partir du 19 juillet, le salarié français moyen commence seulement à travailler pour lui-même, et non plus pour payer ses taxes. C’est en France que ce « jour de libération fiscale » est le plus tardif dans l’Union européenne, à égalité avec l’Autriche. Ailleurs, on retire les bénéfices de son labeur beaucoup plus tôt : en juin dans la plupart des pays de l’UE, en mai au Royaume-Uni, en Bulgarie et en Estonie, en avril  à Malte et en Irlande, et dès le mois de mars à Chypre… De quoi se poser la question : est-on vraiment trop taxé en France ?

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase… En novembre dernier, la hausse de la taxe sur les carburants, prévue au 1er janvier 2019, a précipité le pays dans un mouvement de protestation sans précédent. Mais la révolte des gilets jaunes aurait pu exploser n’importe quand, tant les taxes sont nombreuses en France. Et que de nouvelles voient le jour chaque année. La pression fiscale française n’est pas qu’une légende. Depuis la dîme et la gabelle au Moyen-âge, le contribuable est habitué à cotiser et reverser une part substantielle de ses revenus…

Pas moins de 360 taxes différentes en France

Aucun décompte officiel n’existe sur le sujet, mais le nombre de taxes en application dans l’Hexagone dépasserait allègrement les 200. Il s’élèverait même à 360, selon Agnès Verdier-Molinié, directrice de l’iFRAP. Impôt sur le revenu, taxe foncière, TVA ou encore CSG font partie des plus connues. En la matière, l’imagination de l’État n’a pas de limite, à l’image de la future taxe sur les vols au départ des aéroports français ou de celle sur les plus-values dans les crypto-monnaies… Mais en termes de recettes fiscales, où se situe exactement la France par rapport aux autres pays mondiaux ?

Fidèle à sa réputation d’État-providence, la France est logiquement en tête des pays de l’OCDE en comparant les revenus issus des taxes au PIB. En 2017, les recettes fiscales françaises ont atteint 46,2 % du PIB, soit près de la moitié, contre seulement 34,2 % pour la moyenne des membres de l’OCDE. Si le Danemark nous talonne de près (46 %), le Mexique (16,2 %), l’Irlande (22,8 %) ou encore les États-Unis (27,1 %) affichent des taux beaucoup plus raisonnables. Et qu’en est-il des impôts sur les particuliers et sur les sociétés, régulièrement cités comme les plus élevés au monde ?

Impôts sur le revenu et les sociétés : la France dans la moyenne de l’OCDE

« Nous devons baisser, et baisser plus vite les impôts », déclarait le premier ministre Édouard Philippe en avril suite à la synthèse du Grand débat national. En matière d’impôt sur le revenu des particuliers, la France se situe pourtant juste au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, avec un rapport à 8,56 % contre 8,2 % du PIB. Dans ce domaine, les fiscs voisins sont beaucoup plus gourmands avec 10 % en Allemagne, 12,2 % en Belgique et jusqu’à 24,7 % au Danemark. C’est en Slovaquie que le taux est le plus bas avec 3,3 %. Et les sociétés, alors ? « Chaque fois que l’on crée un euro, ce sont 47 centimes qui vont à l’État, aux régimes sociaux, aux collectivités locales », déplorait Geoffroy Roux de Bézieux, patron du MEDEF, en décembre dernier.

Pourtant, l’impôt sur les bénéfices des entreprises françaises se situe en-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (2,35 % contre 2,93 % du PIB). Et cette tendance devrait se poursuivre puisque le taux d’imposition sur les sociétés tricolores doit progressivement passer de 33,3 % actuellement à 25 % en 2022. En Belgique, il s’élève à 33,9 %, contre 21 % au Portugal et seulement 12,5 % en Irlande. Et si l’État français est gourmand en taxes, n’oublions pas qu’il redistribue aussi largement à travers une couverture sociale (santé, chômage, retraite…) et ses aides généreuses (CICE, ACCRE, etc.) aux entreprises. Encore faut-il pouvoir en profiter équitablement !

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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