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3 questions à… François Carlier, délégué général de CLCV

Au mois de mai 2019, la CLCV, association nationale de défense des consommateurs et usagers, était montée au front pour protester contre l’augmentation de 6 % des tarifs réglementés de l’électricité. François Carlier, délégué général de l’association, revient sur le fonctionnement du secteur énergétique français et distille quelques conseils pour réaliser des économies.

– Selon vous, l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence a-t-elle tenu toutes ses promesses ?

François Carlier : En France, non. La position de la CLCV (Consommation, logement et cadre de vie) a toujours été très pragmatique concernant les ouvertures de marché. Il en existe de nombreuses, dans d’autres domaines que l’énergie, que nous avons soutenues et que nous soutenons toujours, de la téléphonie mobile à l’assurance emprunteur. Pour le gaz, cela pouvait sembler pertinent, mais pas pour l’électricité. Pourquoi ? En raison de la rente nucléaire et du système centralisé.

Nous faisons toujours l’erreur de nous situer dans un contexte européen. Or, en Europe, il n’existe pas d’autres exemples d’une rente naturelle comme en France. Sur le continent nord-américain, où il y a beaucoup plus de rentes de type hydroélectrique et nucléaire, et où les compétences sont situées au niveau des États ou des provinces, beaucoup d’États américains ou de provinces canadiennes sont restées en situation de monopole, notamment lorsque celles-ci détenaient une rente naturelle : hydroélectrique, nucléaire, ou les deux.

La France s’est fait imposer cette libéralisation du marché de l’électricité. Qui n’a pas amené grand-chose de positif, bien au contraire : celle-ci ne porte que sur un petit bout de la chaîne, tout le réseau ayant un statut d’infrastructure essentielle et le nucléaire faisant l’objet d’un accès par le biais de l’ARENH1.

Pour cette raison, les offres alternatives ne sont pas très intéressantes d’un point de vue tarifaire, et n’ont, du moins pour l’instant, pas apporté d’innovations tangibles. Par ailleurs, il y a eu un nouvel effet pervers qu’on observe depuis cette année : nous sommes en effet dans une logique où l’important, ce n’est pas la maîtrise tarifaire, ce n’est pas le juste prix, ce n’est pas la vérité des coûts, mais c’est : « il faut absolument faire vivre la concurrence »  ! Résultat : nous nous trouvons dans une situation, en 2018-2019, dans laquelle faire vivre la concurrence signifie faire augmenter les prix au-delà même de la vérité des coûts. En cela, l’augmentation de 6 % qui a eu lieu en juin dernier représente une rupture assez profonde.

Cette libéralisation s’accompagne par ailleurs d’une certaine agressivité commerciale, qui se situe à un niveau non négligeable (démarchage agressif…).

– La dernière hausse des tarifs de l’électricité en France résulte donc de la concurrence ?

Comme l’indique la Commission de Régulation de l’Énergie2 (CRE), la hausse de 6 % des tarifs réglementés de l’électricité (qui correspondent aux prix pratiqués par EDF) provient de l’augmentation des coûts d’EDF ainsi que, pour moitié, du problème d’accès au nucléaire pour les fournisseurs alternatifs : ces derniers ayant dépassé le plafond de l’ARENH, ils font face à des surcoûts pour s’approvisionner. Dès lors, afin que le marché reste contestable, il faut augmenter les tarifs réglementés de l’électricité. C’est-à-dire qu’on augmente les prix d’EDF pour que la concurrence continue d’être viable. Ce qui, pour nous, est complètement absurde, et c’est pour cette raison que nous contestons cette augmentation devant le Conseil d’État.

– Doit-on s’attendre à de nouvelles hausses de prix dans les mois à venir ?

Cela dépendra notamment de la décision du Conseil d’État, qui doit s’exprimer sur les recours faits par les deux associations de consommateurs, la CLCV et l’UFC-Que Choisir. Nous espérons que la hausse de 6 % sera cassée.

Par ailleurs, le projet de loi énergie prévoit une augmentation du plafond de l’ARENH. Puisque le problème, c’est l’accès au nucléaire pour les fournisseurs alternatifs, la CRE souhaite leur en fournir davantage, afin d’éviter que ce que l’histoire ne se répète. Si les fournisseurs alternatifs ont de nouveau accès à l’ARENH, les prix de l’électricité pourraient d’ailleurs baisser de 2 %.

Problème : augmenter la part du nucléaire qu’EDF doit mettre à disposition des fournisseurs alternatifs risque d’amener l’énergéticien à demander une augmentation du prix de vente de ce nucléaire. Reste, dès lors, à voir ce que le gouvernement fera sur ce point.

– Aujourd’hui, que conseilleriez-vous aux consommateurs qui cherchent à faire des économies ?

Ce n’est pas tellement sur le tarif ou le type d’offre que l’on peut faire des économies : lorsque les opérateurs alternatifs affirment être 10, 15 ou 20 % moins chers, il faut rester prudent. La CLCV a d’ailleurs engagé des procédures de contentieux contre plusieurs professionnels du secteur, car ce type d’allégations tarifaires ne prend pas en compte les différentes taxes, le coût de l’abonnement, etc. En « tout compris », les fournisseurs alternatifs, au mieux, sont 5 % moins chers. Et il faut souvent accepter certaines contraintes – pas de service client par téléphone, l’obligation de mensualiser ses paiements par virement automatique…

Ce sont donc en réalité des différences tarifaires de l’ordre de 5 % — et non pas 15 ou 20 % comme on peut le voir dans leurs publicités —, ce qui n’est pas très intéressant. Dès lors, la meilleure manière de réaliser des économies financières ce n’est pas de changer de fournisseur, mais de chercher à faire des économies d’énergie : par des changements d’équipement, des travaux d’isolation, des changements d’usage, etc. Pour rappel, la température recommandée dans un logement est de 19 °C, et chaque degré supplémentaire représente environ 7 % de consommation d’énergie en plus en hiver.

Il y a donc des économies à faire à la fois sur la structure (l’isolation, les équipements et les équipements de chauffage) ainsi que sur l’usage, mais pas vraiment sur les « offres tarifaires ».

 

1. L’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique) détermine le prix auquel les fournisseurs alternatifs d’électricité peuvent racheter à EDF l’électricité nucléaire, ainsi que les volumes auxquels ils peuvent prétendre. Ce dispositif est géré par la CRE.

2. Depuis sa création, le 24 mars 2000, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) veille au bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz en France, au bénéfice des consommateurs finals et en cohérence avec les objectifs de la politique énergétique.

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