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Fukushima : huit ans après, quelles conséquences sur la filière nucléaire mondiale ?

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9,1 déclenchait un tsunami qui déferlait sur la côte nord-est du Japon. Inondant la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, la vague mettait hors service le système de refroidissement, provoquant la fusion des six réacteurs et libérant d’importants rejets radioactifs. Huit ans après, la catastrophe nucléaire de Fukushima reste la pire de l’histoire depuis Tchernobyl en 1986. Aux près de 20 000 disparus s’ajoutent plus de 150 000 personnes évacuées. À ce jour, 52 000 sont toujours privées de foyer, et seulement 15 % étaient revenues vivre dans la zone touchée en mars 2018. Alors que les travaux de décontamination pourraient encore durer entre 30 et 40 ans selon le gouvernement japonais, plus d’1 million de m3 d’eau contaminée est toujours conservée dans des citernes en attente de traitement. Face aux dramatiques conséquences sanitaires, sociales mais aussi économiques (dont un coût estimé entre 170 et 500 milliards d’euros), quelles répercussions la catastrophe de Fukushima a-t-elle eues dans le monde en matière de nucléaire ?

Les pays qui choisissent la réduction ou la sortie du nucléaire

Tandis que le Japon n’a remis en marche que neuf de ses 54 réacteurs après une période d’arrêt forcé, l’onde de choc suscitée par Fukushima n’a pas eu les mêmes conséquences à travers la planète. C’est en Europe que la date du 11 mars 2011 a entraîné la plus forte prise de conscience, comparable à celle qui a suivi l’accident de Tchernobyl 25 ans plus tôt. Parmi les pays européens disposant d’un parc nucléaire, plusieurs ont en effet décidé de mettre fin à leur programme civil. À commencer par l’Allemagne qui, seulement quelques jours après l’événement, annonçait par la voix d’Angela Merkel l’arrêt de ses sept réacteurs les plus anciens. Et d’ici 2022, plus aucune électricité d’origine nucléaire ne devrait être produite outre-Rhin. Même réaction en Belgique et en Espagne, où la sortie progressive de l’atome devrait être effective respectivement d’ici 2025 et 2035. En Suisse, cette échéance a d’abord été évoquée pour 2034, avant d’être reculée à l’horizon 2050. La catastrophe de Fukushima également influencé des pays sans industrie nucléaire existante comme l’Italie à renoncer à la construction de réacteurs. En France aussi, le désastre nippon a renforcé la méfiance vis-à-vis de l’atome. D’autant qu’une grande partie du parc tricolore arrive bientôt en fin de vie. Mais pour l’instant, seule une réduction à 50 % de la part dans le mix électrique a été envisagée d’ici 2025, avant d’être repoussée à 2035. Et la construction de nouveaux réacteurs de type EPR n’est pas écartée par Emmanuel Macron…

Ceux qui maintiennent ou développent leur programme atomique

À l’inverse, de nombreuses nations n’ont pas remis en cause le rôle de l’atome dans leur stratégie énergétique. Certaines se sont même décidées à lancer un programme nucléaire jusqu’alors inexistant. La Pologne a ainsi prévu de mettre en service sa toute première centrale en 2022. D’autres pays ont affiché leur volonté de maintenir ou même de renforcer leur parc. En juin 2011, soit seulement trois mois après la catastrophe de Fukushima, la Finlande a lancé un appel d’offres pour la construction de deux nouvelles centrales. La Suède a, quant à elle, gardé le cap fixé en 2009 pour le remplacement de ses neuf réacteurs déjà en fonction et la possibilité d’en construire dix nouveaux. Au Royaume-Uni, le gouvernement a lui aussi décidé de renouveler le parc vieillissant afin d’augmenter à 35 % la part d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2035. Enfin, les Pays-Bas envisageraient la construction d’une nouvelle centrale pour compléter celle de Borssele, inaugurée en 1973. En dehors de l’Europe, la tendance est également à la poursuite, voire l’expansion, de l’activité nucléaire civile. Tandis que les États-Unis, le Canada et la Russie se veulent rassurants quant à la sûreté de leurs installations atomiques, les projets se multiplient en Inde et en Chine. En décembre 2018, EDF a mis en service le premier EPR au monde sur le site chinois de Taishan. L’électricien français a également fait une proposition pour construire la plus grande centrale nucléaire de la planète (6×1650 MW) à Jaipatur, dans la région indienne de Konkan. Sans oublier les pays africains, dont l’intérêt pour l’énergie atomique irait croissant… Comme quoi huit ans après le drame, le nucléaire est tout sauf hors course dans le système énergétique mondial.

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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