Débats publicsEnergies fossiles

Les géants des énergies fossiles sont-ils devenus indésirables ?

En fermant la porte à un juteux partenariat financier avec Total, le comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 a envoyé un message fort au secteur des énergies fossiles. Assez vite, le refus catégorique d’Anne Hidalgo d’associer l’image des Jeux à celle du groupe pétrolier français est d’ailleurs remonté jusqu’à l’Élysée. Mais ni Emmanuel Macron, le président français, ni Patrick Pouyanné, le PDG de Total, n’ont réussi à infléchir la décision de la maire de Paris. Faut-il voir dans cet épisode le premier d’une série de boycott des géants des hydrocarbures ?

Le cas Total devient une affaire politique

À cinq ans des Jeux de Paris 2024, la course aux sponsors est déjà lancée pour le comité d’organisation présidé par Tony Estanguet, triple champion olympique de canoë. Mais alors que les organisateurs doivent trouver près d’1,5 milliard d’euros auprès de partenaires privés, ils ont écarté début juin une offre de Total estimée entre 100 et 150 millions d’euros. Le motif : Anne Hidalgo, maire de Paris, estime que l’image de la multinationale ne colle pas avec un événement qu’elle veut neutre en carbone et exemplaire sur le plan environnemental. Une décision que Patrick Pouyanné aurait acceptée en renonçant de lui-même au projet de sponsoriser la compétition.

Mais l’affaire a pris un tournant plus politique, le 7 juillet, suite à l’intervention d’Emmanuel Macron. Le président français a en effet déclaré que le renoncement du groupe pétrolier n’était « pas une bonne idée ». « C’est plus facile d’écarter de l’argent privé en donnant des leçons de morale que d’en trouver, a affirmé le chef de l’État. […] Si Total peut mettre de l’argent pour aider à financer des Jeux verts et la transition [énergétique], c’est une bonne chose. Tous les financeurs sont les bienvenus. Ils doivent être exemplaires sur le plan environnemental et sur le plan de l’inclusion, c’est absolument essentiel, mais derrière, on doit mobiliser toutes nos entreprises pour qu’elles aident à financer. Mais pas avec leur cahier des charges, avec le nôtre. »

Initiative anti-fossile : le précédent Patagonia

Le lendemain, c’était au tour de l’ancien ministre François Baroin de plaider la cause de Total afin de ramener le groupe tricolore « autour de la table ». Mais la mairie de Paris en a remis une couche, par l’intermédiaire du premier adjoint Emmanuel Grégoire. « Vous dites que vous voulez faire des JO verts et en même temps, vous faites de l’un des plus gros pollueurs de la planète votre partenaire principal. Il faut un minimum de cohérence, a-t-il déclaré. Total, le cœur de son métier, c’est l’exploitation des énergies fossiles. À elle seule, ça représente à peu près 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ». Avant de comparer ce partenariat indésirable à une campagne contre le cancer du poumon sponsorisée par l’industrie du tabac. Ian Brossat, l’adjoint parisien au logement, a quant à lui préféré l’image d’une fête de la gastronomie soutenue par la chaîne de restauration rapide McDonald’s…

Mais alors que Paris 2024 est parti en quête de nouveaux créanciers, peut-on considérer que cette mise au ban des géants des énergies fossiles est appelée à se généraliser ? Face à l’urgence climatique, Emmanuel Macron avait déclaré, lors de la présentation de la politique énergétique de la France fin novembre, qu’il fallait effectivement « sortir des énergies fossiles ». Force est de constater, pourtant, que les intérêts économiques semblent plus importants que les convictions politiques… Courageuse, la résistance de Paris 2024 rappelle néanmoins une autre initiative : celle de la marque de vêtements outdoor Patagonia. En avril, la maison californienne avait assumé publiquement son refus d’honorer les commandes passés par des sociétés pétrolières, ainsi que par toute entreprise jugée nuisible pour l’environnement. Alors Patagonia, futur sponsor des Jeux olympiques et paralympiques à Paris ?

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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