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Hydraulique : les barrages français vont-ils vraiment être privatisés ?

Le 7 mars, la Commission européenne a lancé une procédure d’infraction contre huit pays dont la France. Le but ? Faire respecter la mise en concurrence des concessions hydrauliques et contraindre au lancement d’appels d’offres. Par cette nouvelle piqûre de rappel, l’UE espère mettre un terme au statu quo qui dure depuis près de 15 ans entre Paris et Bruxelles. D’ici 2023, 150 concessions de barrages hydroélectriques français sur 399 arriveront à échéance. Or près de 80 % d’entre elles ont été confiées à EDF au temps où le groupe était encore un organisme public. Aujourd’hui, la Commission européenne veut faire appliquer le droit à la concurrence en permettant à d’autres exploitants de reprendre ces concessions lors de leur renouvellement. Un tel scenario est-il possible ?

Privatisation des barrages, un vieux serpent de mer

La Commission européenne s’est attaquée pour la première à la position dominante d’EDF en 2005. L’autorité estimait déjà que l’emprise du groupe sur le parc hydroélectrique français constituait « une rupture de l’égalité de traitement entre différents opérateurs économiques ». En effet, depuis sa transformation en société anonyme (contrôlée à 83,7 % par l’État) en 2004, EDF ne bénéficie plus d’exception à la mise en concurrence en sa qualité d’organisme public. Et conformément à la loi Sapin de 1993, l’État français aurait dû lancer dès 2007 des appels d’offres pour le renouvellement des concessions hydrauliques arrivant à échéance.

En avril 2010, un plan de renouvellement a été présenté par le gouvernement de François Fillon pour dix concessions hydroélectriques. Problème : il n’a jamais été appliqué. En 2015, Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la concurrence, a donc mis une nouvelle fois en demeure la France pour avoir maintenu ses concessions au bénéfice d’EDF. Pour seule réponse, Bruxelles aurait reçu début 2018 une note de Matignon indiquant être favorable à l’ouverture de plusieurs concessions cette même année. Rien n’a été fait depuis. Face à l’inaction de la France, l’UE montre par cette nouvelle procédure d’infraction lancée début mars sa détermination à faire appliquer la loi. Que se passera-t-il si elle est suivie d’effet ?

Une perspective qui suscite craintes et convoitises

En France, la perspective de confier l’exploitation de plusieurs barrages hydroélectriques à des entreprises privées se heurte à une vive contestation. Syndicats comme associations craignent en effet une vaste désorganisation du système actuel. Ils mettent notamment en garde contre les risques de hausses de prix de l’électricité ainsi que les dérives qu’une mauvaise gestion de l’eau pourrait avoir sur l’environnement, les activités agricoles et humaines. Dans la Vienne, un collectif de citoyens organisera d’ailleurs une chaîne humaine le 6 avril sur le viaduc de L’Isle-Jourdain afin de protester contre tout projet de privatisation des trois barrages locaux. « L’électricité doit rester un service public », clame le collectif.

Il faut dire que la filière hydraulique attise les convoitises. En août 2018, Patrick Pouyanné, PDG de Total, a ainsi déclaré que son entreprise se porterait candidate au renouvellement des concessions de plusieurs barrages en France. Depuis plusieurs années, le groupe pétrolier a en effet diversifié son activité dans la distribution d’électricité, de gaz et d’énergies renouvelables. Comme lui, ils pourraient être nombreux à s’intéresser au potentiel de l’hydroélectricité. Principale source d’énergies renouvelables du pays, l’hydraulique représente 20 % de la puissance électrique installée et 12 à 14 % de la consommation finale d’électricité en France. Avec l’avènement de la technologie STEP (station de transfert d’énergie par pompage), les centrales équipées peuvent récupérer l’énergie produite en excès afin de répondre plus efficacement à la demande en électricité. Autant d’atouts qui pèsent de plus en plus lourd dans la perspective actuelle de transition énergétique…

About Author

Camille Vandendriessche est aujourd’hui Rédacteur en chef sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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