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Jour du dépassement : de quoi parle-t-on exactement ?

Le 10 mai, l’Union européenne a dépassé les ressources naturelles dont elle disposait pour toute l’année 2019, alertent le WWF et Global Footprint Network. Le 15 mai, ce sera au tour de la France. L’an dernier, la planète avait atteint son jour du dépassement le 1er aout. Si toute l’Humanité vivait comme les habitants de l’UE, il faudrait 2,8 Terres pour pourvoir aux besoins de chacun, selon les calculs de l’ONG et du think-tank (groupe de réflexion). Et 1,7 Terre pour satisfaire ceux de la population mondiale. Mais à quoi ce dépassement fait-il référence exactement ? Est-il encore possible d’inverser la tendance ?

Biocapacité vs. empreinte écologique

En plein Sommet sur l’avenir de l’Union européenne et à deux semaines du scrutin continental, l’UE serait entrée en « déficit écologique », selon les termes utilisés par WWF et Global Footprint Network. Au bout de seulement 129 jours sur les 365 d’une année, ses 512 millions d’habitants auraient déjà consommé l’ensemble des ressources renouvelables qui leur seraient allouées sur la planète. « Le Jour du dépassement, c’est le jour à partir duquel nous avons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres et cultivé plus de terres que ce que la nature ne peut nous procurer au cours d’une année, explique WWF. Cela marque également le moment où nos émissions de gaz à effet de serre auront été plus importantes que ce que nos océans et nos forêts ne peuvent absorber. »

À elle seule, l’Union européenne n’abrite que 7 % de la population mondiale mais monopoliserait 20 % de la biocapacité de la Terre. D’après Global Footprint Network, cela inclue toutes les surfaces productives naturelles comme les forêts, les près, les champs, les zones de pêches ainsi que les terrains construits. Pour calculer le jour du dépassement, le think-tank divise la biocapacité terrestre par l’empreinte écologique humaine (en hectares). Cette dernière comprend la demande en produits d’alimentation et de fibres d’origine végétale, d’élevage et de pêche, de bois et d’origine forestière, mais aussi les besoins en espace pour les infrastructures urbaines ainsi qu’en forêt pour absorber les émissions carbone des carburants fossiles. Ce rapport est ensuite multiplié par 365 pour déterminer le nombre de jours dont dispose un territoire en fonction de ses besoins et de ses ressources.

Les mauvais et les moins mauvais élèves

Parmi les 28 pays-membres de l’UE, le Luxembourg est le plus mauvais élève avec un dépassement atteint dès le 16 février, soit au bout de seulement 46 jours. Le faible prix des carburants dans le Grand-duché expliquerait en partie la surconsommation d’énergie, selon WWF. L’an dernier, seul le Qatar faisait pire (9 février). Cette année, les États-Unis (15 mars), la Norvège (18 avril) et la Russie (26 avril) ne sont pas très loin derrière. L’Estonie et le Danemark parviennent aussi très tôt à ce point de non-retour, et ce dès la fin du mois de mars. La Suède, la Lettonie, la Finlande, la Belgique, l’Autriche, Malte, la Lituanie, l’Irlande et la Slovénie suivent au mois d’avril. Un constat étonnant compte tenu des lauriers régulièrement tressés autour des politiques environnementales des pays nordiques…


Source : WWF France

Derrière ces bonnets d’âne de l’empreinte écologique, l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, l’Italie et la Pologne se situent de part et d’autre de la moyenne de l’UE, avec un jour du dépassement prévu dans la première quinzaine de mai. Et même les meilleurs élèves de l’Union (Croatie, Chypre, Roumanie, Hongrie et Bulgarie) épuisent leurs réserves courant juin, soit plus d’un mois avant la moyenne planétaire… À l’inverse, Cuba, le Maroc et le Niger font partie des pays pris en compte dans le classement n’atteignant le jour du dépassement qu’en décembre.

Une tendance qui s’est inversée en France et en Europe

Pour se nourrir, se vêtir et s’abriter, le Terrien moyen consomme chaque année ou presque plus de richesses que la planète n’en dispose. En 1975, le jour de dépassement mondial ne tombait en effet que le 30 novembre. Mais tout n’est pas perdu, à en croire l’évolution de la trajectoire européenne. Depuis 2007 et un triste record figé au 23 avril, l’UE a inversé la tendance en réussissant à retarder la date symbolique d’année en année. Idem pour la France, qui a regagné 10 jours de ressources naturelles ces dernières années. Une conséquence à attribuer à la crise économique de 2008, semblerait-il…

Mais pour espérer revenir à une neutralité écologique, WWF enjoint les décideurs politiques à se saisir des solutions déjà existantes. L’ONG demande ainsi l’adoption d’un système agricole et alimentaire durable, la mise en œuvre de l’Accord de Paris ainsi que le renforcement du contrôle des océans et de la protection de la nature. Au total, l’UE devrait consacrer 50 % de son futur budget pour ne plus vivre à crédit la majeure partie de l’année.

About Author

Camille Vandendriessche est aujourd’hui Rédacteur en chef sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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