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Nucléaire : à quoi sert le débat sur les matières et déchets radioactifs ?

Du 17 avril au 25 septembre 2019 se tiendra un nouveau débat public sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR). Pendant cinq mois, cette concertation sans précédent portera, comme son nom l’indique, sur le devenir des combustibles usés, dont le sort échappe bien souvent au grand public. À l’occasion de 23 réunions organisées à travers l’Hexagone, les citoyens français pourront donc s’informer et contribuer à la réflexion sur le traitement des matières valorisables ainsi que l’entreposage et le stockage des déchets nucléaires. Et donner leur avis sur les méthodes actuelles et les projets futurs, qui divisent tant partisans et opposants quant aux risques du nucléaire pour la santé et l’environnement…

Quelle part de matières valorisables et de déchets “ultimes” ?

Huit ans après la catastrophe de Fukushima, la France poursuit plus que jamais son programme nucléaire civil avec 58 réacteurs en activité. Au deuxième rang mondial après les États-Unis, le parc français a encore de l’avenir. Prévue en 2025 par la loi sur la transition énergétique et la croissance verte, la réduction de la part de l’atome dans le mix électrique national a été repoussée à 2035. Responsable de près de 75 % de la production électrique dans le pays, l’atome est également pourvoyeur d’environ 220 000 emplois directs et indirects. Il présente en outre l’avantage de produire une électricité quasi-décarbonée, flexible, en grande quantité et à prix compétitif. Mais il génère aussi un certain volume de combustibles usés…

Si près de 96 % de cette matière est considérée comme valorisable après traitement et transformation en nouveau combustible, la quantité de déchets dits « ultimes » – ou non-recyclables – était estimée à 1,620 million de mètres cubes à la fin de l’année 2017, soit l’équivalent de 648 piscines olympiques selon l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Ces résidus sont classés en plusieurs catégories : très faible activité (TFA), faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC), faible activité à vie longue (FA-VL), moyenne activité à vie longue (MA-VL) et haute activité (HA). Entre 2013 et 2017, leur quantité totale avait augmenté de 11 % en moyenne.

Des risques à prendre ou à éviter ?

En hausse de 17 % sur cette période, les déchets à haute activité ne représentent que 0,2 % de l’ensemble mais sont ceux qui suscitent le plus d’inquiétude, avec ceux à vie longue (2,8 % du stock). Les interrogations actuelles portent notamment sur les techniques d’entreposage, en piscine ou à sec, et sur le stockage en profondeur. Si les projets en cours ou à venir ne sont pas censés être remis en question lors du débat public, les cas de la future piscine géante de Belleville-sur-Loire, dans le Cher, et du centre de stockage géologique Cigéo à Bure, dans la Meuse, seront forcément au cœur des discussions. Le débat ne peut en effet se cantonner au simple PNGMDR. Le plan de gestion des matières et déchets radioactifs porte seulement sur les trois prochaines années alors que certains déchets nucléaires ont une durée de vie supérieure à 100 000 ans…

L’entreposage et le stockage des résidus à haute activité et à durée de vie longue ne sont pas les seuls points d’interrogation qui seront abordés lors du débat public. D’autres problématiques sont régulièrement soulevées. À commencer par la vétusté d’une partie du parc tricolore, dont plusieurs réacteurs sont régulièrement mis à l’arrêt par l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire). La sécurité des installations sera également au coeur du débat. Ces dernières années, Greenpeace a ainsi fait voler des drones au-dessus de plusieurs centrales pour démontrer un potentiel risque d’attaque. Certains militants avancent aussi la menace du piratage informatique, pourtant contestée par les exploitants des sites français. À défaut d’influer sur le PNGMDR, le débat public permettra peut-être de sonder la population sur son rapport à l’énergie nucléaire.

About Author

Camille Vandendriessche est aujourd’hui Rédacteur en chef sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

Comments (2)

  1. Avatar

    Il faudrait vous renseigner mieux avant d’introduire un tel sujet : si 96% des combustibles est prétendument valorisable, moins de 1% est valorisé. C’est dans le rapport du HCTISN de juillet 2018.
    Les autres chiffres avancés ne sont pas plus sérieux, malheureusement : quand vous dites que “les déchets à haute activité ne représentent que 0,2 % de l’ensemble”. 0,2% de quoi ? La masse ? Le volume ? Sûrement pas l’activité.

  2. La Rédaction

    Bonjour et merci pour votre commentaire. Le taux de 96 % correspond bien à la proportion de matière “considérée comme valorisable” (et non à celle effectivement valorisée). Quant à celui de 0,2 %, il se rapporte au volume total de déchets produits.

Commentaires

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