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Nucléaire : le modèle de l’EPR est-il dans l’impasse ?

À deux semaines de la fin du débat public sur le PNGMDR, l’été a été rude pour la filière nucléaire française. Fin juillet, EDF a annoncé un nouveau report de trois ans pour la livraison de Flamanville 3 (Manche). Fin août, on a également appris l’arrêt des recherches du CEA sur les réacteurs de quatrième génération. Face à l’allongement et au coût élevé des chantiers, l’avenir de la technologie EPR est-il compromis ?

L’avenir de l’EPR en suspens…

Le 26 juillet dernier, EDF annonçait devoir repousser la mise en service de l’EPR (réacteur européen pressurisé) de Flamanville à 2022 à cause de problèmes de soudure. Pour l’énergéticien, ce nouveau report constitue le dernier coup dur d’une longue série. Lancé en 2002, le projet de troisième réacteur sur le site manchois devait initialement voir le jour en 2012. Au mieux, il sera donc livré avec 10 années de retard et pour un coût multiplié par trois (11 milliards d’euros contre 3,3 milliards). À l’étranger aussi, les retard s’accumulent sur les projets d’EPR. À Taishan, en Chine, la mise en service des deux premiers modèles au monde a pris quatre ans de plus que prévu. En Finlande, le chantier d’Olkiluoto accuse, quant à lui, près de 11 années de retard…

Un mois après l’annonce d’EDF, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) confirmait fin août avoir arrêté ses recherches sur les réacteurs de quatrième génération. Selon Le Monde, la cellule de 25 chercheurs dédiée au projet aurait été fermée au printemps. Le prototype ASTRID sur lequel ils travaillaient reposait pourtant sur le recyclage des combustibles usés. D’après le CEA, les travaux ne devraient pas reprendre avant la deuxième moitié du siècle. Près de 738 millions d’euros avaient été investis dans ce projet à la fin 2017, note la Cour des comptes. En coulisse, on souffle que la filière nucléaire attend d’abord que les EPR – réacteurs de troisième génération – fassent leur preuve. Mais en réalité, leur avenir est déjà en suspens depuis fin novembre 2018…

Un contexte plutôt favorable à moyen terme

Lors du dévoilement des orientations de la PPE pour 2018-2028, Emmanuel Macron a en effet annoncé la fermeture de 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035. Le président français n’a certes pas fermé la porte à la construction de nouvelles centrales de type EPR. Mais il a confirmé qu’aucune décision ne serait prise avant mi-2021. Le gouvernement attend pour cela qu’EDF présente un nouveau programme plus soutenable économiquement pour le nucléaire français. Le groupe énergétique devra ainsi prouver sa capacité à maîtriser les coûts et délais de fabrication des futurs réacteurs. Depuis 2014, il planche avec Framatome sur un nouveau modèle d’EPR (l’EPR 2) visant à optimiser ces aspects. Cela suffira-t-il à convaincre l’exécutif ?

Pour ce faire, EDF et Orano (ex-Areva) misent aussi sur les arguments-phares de l’atome : la sécurité d’approvisionnement et la décarbonation de l’électricité. Le contexte actuel de transition énergétique pousse plutôt dans leur direction. Le développement d’une économie bas carbone favorise en effet un usage accru de l’énergie électrique, notamment pour la mobilité et les télécommunications. Mais le nucléaire fait face à l’essor de plus en plus rapide des énergies renouvelables, qui menacent à terme de le remplacer. En 2018, leur production a progressé de 21,9 % pour couvrir 22,7 % de la consommation d’électricité en France, d’après RTE. D’ici 2030, ce taux devrait atteindre 40 % pour respecter les objectifs fixés par la loi sur la transition énergétique. Et d’ici 2050, le mix électrique français pourrait comporter 85 % d’électricité d’origine renouvelable, selon un scénario de l’ADEME. Un cas de figure qui sonnerait alors le glas du nucléaire français à l’horizon 2060…

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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