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Nucléaire : quelle différence entre matière et déchet radioactif ?

Alors que le débat public sur le PNGMDR se poursuit à travers la France avant une pause estivale, le devenir des combustibles nucléaires usés reste encore largement méconnu. Les résidus de l’activité électronucléaire n’ont pas tous vocation à être enfouis sous terre, loin de là. Une bonne partie peut en effet être valorisée pour fabriquer de nouveaux combustibles, qui produiront à leur tour de l’électricité. Mais parmi les produits de la radioactivité, quelle est exactement la proportion de déchets et de matières réutilisables ?

Seulement 4 % de déchet contre 96 % de matière recyclable ?

Après Tours le 9 et Strasbourg le 11 juillet, le débat sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR) prendra congé jusqu’au 4 septembre pour trois dernières semaines de rencontres. Le but : informer et consulter les Français sur le traitement des matières valorisables et le stockage des déchets ultimes. Car tout n’est pas à jeter dans le combustible usé d’un réacteur nucléaire, au contraire. Selon les acteurs de la filière comme EDF, Orano, l’Andra ou la SFEN, jusqu’à 96 % du volume serait réutilisable après traitement pour fabriquer du nouveau combustible. Mathématiquement, la proportion de déchets pourrait donc ne représenter que 4 % du volume total, dont seulement 0,2 % hautement radioactif, selon l’Andra.

D’après le dossier du maître d’ouvrage pour le débat public du PNGMDR, les matières radioactives sont des substances pour lesquelles « une utilisation ultérieure est prévue ou envisagée […] après traitement ». À l’inverse, les déchets radioactifs sont des substances pour lesquelles « aucune utilisation ultérieure n’est prévue ou envisagée ». Réutilisable ou non, le combustible usé est entreposé en piscine pendant plusieurs années avant d’être soit recyclé, soit stocké. Comptant pour 1 % du combustible usé, le plutonium permet, une fois traité et séparé, de fabriquer un nouveau combustible. C’est le fameux MOX, fruit du mélange avec 92 % d’uranium appauvri. L’uranium de retraitement constitue, pour sa part, 95 % du combustible usé. Une fois ré-enrichi, il doit aussi permettre de fabriquer du combustible neuf. Quant aux 4 % de déchets, ils sont entreposés dans des halls du centre de La Hague (Manche) en attendant leur stockage en sous-sol.

Des substances valorisables à la réutilisation encore incertaine…

Avec seulement 4 % de déchets contre 96 % de matière réutilisable, la filière nucléaire affiche un bilan très reluisant, baptisé « cycle fermé  » du combustible. Pourtant, des critiques se font régulièrement entendre sur le terme « valorisable », qui serait employé de manière abusive par rapport à la matière radioactive effectivement valorisée. En effet, seul le plutonium serait actuellement réutilisé pour fabriquer du MOX, soit 1 % du combustible usé, selon le HCTISN (Haute comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire). Depuis 2013, l’uranium de retraitement, qui constitue 95 % du combustible usé, ne serait plus collecté pour être ensuite enrichi. En comptant l’uranium appauvri utilisé pour fabriquer du MOX, seul 10 % du combustible total serait donc valorisé pour la production d’électricité d’origine nucléaire…

Pour expliquer cet écart, les maîtres d’ouvrage du débat public sur le PNGMDR expliquent que les matières valorisables incluent des substances dont la réutilisation est possible, mais incertaine. Selon eux, leur potentiel d’exploitation dépendrait encore de technologies en cours de développement, comme pour les combustibles MOX usés. « Les classer trop promptement en “déchets” pourrait pénaliser leur réutilisation et obérer inutilement les filières de stockage des déchets. Toutefois, les garder trop longtemps en “matières” pourrait reporter [à plus tard] une gestion appropriée. » C’est justement un des principaux enjeux du débat public, à savoir : où placer le curseur pour déterminer ce qui peut avoir de la valeur et le reste ?

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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