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Les poids lourds de l’énergie mondiale mettent-ils les pôles en danger ?

Alors qu’un récent rapport du GIEC alerte sur l’accélération de la fonte des glaces, les opérations d’exploration et de forage se multiplient au niveau des pôles. Autour du Groenland, cette ruée vers les gisements d’hydrocarbures, d’uranium et de terres rares suscite l’inquiétude. D’autant qu’elle pourrait prochainement concerner l’Antarctique, seul territoire encore relativement préservé de l’activité humaine. Jusqu’où exactement la quête de ressources énergétiques ira-t-elle ?

Arctique : un quart des ressources mondiales d’énergies fossiles

Encore épargnés il y a quelques années, l’Arctique et l’Antarctique sont devenus des destinations touristiques à la mode. Si le « Continent blanc » demeure réservé à une minorité de touristes aisés, le Groenland voit désormais affluer avions et paquebots de croisière. Ces derniers ont débarqué près de 100 000 visiteurs en 2018. Ils font à la fois partie des causes et conséquences du réchauffement des pôles, dénoncé par le GIEC dans son rapport du 25 septembre 2019. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme sur le risque de montée des eaux. À l’échelle mondiale, le niveau de la mer pourrait s’élever d’1,1 m d’ici 2100. Une réelle menace pour 10 % de la population vivant dans les zones côtières basses de la planète…

Loin d’éloigner les touristes, le double spectre du réchauffement climatique et de la montée des eaux n’effraie pas non plus les géants de l’énergie. Au contraire, ils n’auraient jamais autant exploré et foré les sous-sols du Groenland et des mers alentours. Les groupes français, américain, norvégien, russe et chinois ont notamment investi ces zones reculées dans l’espoir d’y implanter des productions à grande échelle. À commencer par les hydrocarbures. L’Arctique renfermerait en effet 13 % des réserves mondiales non découvertes de pétrole et 30 % de celles de gaz, selon l’Agence géologique américaine. Soit un quart des ressources en énergies fossiles. Le Groenland recèlerait également de la deuxième réserve planétaire en terres rares. Utiles pour fabriquer batteries électriques, éoliennes et panneaux solaires, ces gisements intéressent particulièrement la Chine, qui contrôle 90 % du marché. L’île danoise pourrait aussi devenir la troisième réserve mondiale d’uranium, selon la chercheuse Mikaa Mered.

L’Antarctique, bientôt à son tour en danger ?

Autour du Groenland, l’exploitation des sous-sols est aussi en pleine recrudescence, en mers du Nord, de Barents ou de Sibérie orientale. Au large des côtes norvégiennes, la production est repartie à la hausse. Elle devrait continuer à croître jusqu’en 2025, selon Rystad Energy. Les récentes découvertes de gisements devraient permettre à la mer du Nord de concentrer près de 5 % de la production mondiale de pétrole. Début 2019, 17 nouvelles autorisations de forage ont également été délivrées sur les côtes de l’Alaska, pourtant sanctuarisées par Barack Obama. D’alléchantes perspectives se profilent aussi au large de la Sibérie, en particulier autour de la péninsule de Yamal. Il devrait s’y extraire près de 26 milliards de m3 de gaz naturel liquéfié par an, soit les deux-tiers de la consommation française. L’exploitation de ces ressources dans ces territoires hostiles y est de plus en plus rentable. Fonte des glaces aidant, la navigation autour du pôle nord est désormais possible… Et demain, faudra-t-il craindre le même afflux autour de l’Antarctique ?

Depuis un traité international signé en 1983, l’exploitation des ressources y est très réglementée. La division du continent blanc entre sept pays (France, Royaume-Uni, Australie, Norvège, Argentine, Chili et Nouvelle-Zélande) rend pourtant difficile tout consensus. Et la velléité d’autres nations, qui se réservent le droit de revendiquer certaines portions, constitue une menace réelle. La Russie ne cache pas sa volonté de mener des explorations minières et pétrolières. La Chine a, quant à elle, construit plusieurs bases de recherche scientifique pouvant servir à chercher des gisements d’hydrocarbures. Car à l’ouest comme à l’est de l’Antarctique, les réserves en minerais (or, argent, cuivre, cobalt, chrome, nickel, etc.) et combustibles (pétrole, gaz, charbon, uranium…) seraient gigantesques. Rien qu’à l’ouest, elles seraient estimées à 500 milliards de tonnes de charbon et plus de 200 milliards de barils équivalent pétrole. De quoi susciter de nouvelles convoitises…

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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