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Pollution de l’air : atteint-on vraiment des records ?

Après les épisodes d’alerte à Paris, Lille, Lyon et Toulouse fin février, un nouveau rapport scientifique révèle que la pollution atmosphérique tuerait deux fois plus qu’on ne le pensait jusque-là. Dans la revue European Heart Journal publiée le 13 mars 2019, l’étude portant sur l’année 2015 révèle en effet que la pollution de l’air tuerait chaque année 8,8 millions de personnes dans le monde, contre 4,5 millions selon les précédents travaux. C’est davantage que le tabac (7,2 millions de morts par an, selon l’OMS) et cinq fois plus que le Sida, la tuberculose et le paludisme réunis (1,7 millions).

À l’échelle européenne, la pollution atmosphérique serait responsable non pas de 400 000 – comme estimé jusqu’à présent – mais de 790 000 décès prématurés par an. Cela représente 133 cas pour 100 000 personnes, soit plus que la moyenne mondiale (120), et une espérance de vie réduite de 2,2 années. Mais à en croire l’étude, tous les pays européens ne sont pas égaux devant la surmortalité liée à la pollution. Où a-t-on le plus de risque de mourir de la pollution ?

Les pays riches moins touchés

Le niveau le plus inquiétant est constaté dans les pays d’Europe de l’est, en particulier la Bulgarie, la Croatie, la Roumanie et surtout l’Ukraine, où ce surplus de décès s’élève à 200 cas par an pour 100 000 personnes. Avec respectivement 136 et 154, l’Italie et l’Allemagne présenteraient également des ratios relativement élevés. À l’inverse, le Royaume-Uni (95), la Norvège (62) et l’Islande (43) font partie des moins exposés, probablement protégés par les vents marins. Quant à la France, elle atteint un niveau plutôt modéré de 105, soit moins que la moyenne européenne. Mais avec 67 000 morts à cause de la pollution chaque année (contre 48 000 estimées auparavant), les Français sont tout de même privés d’1,6 année d’espérance de vie.

Nombre de décès prématurés liés à la pollution de l’air en Europe (European Heart Journal).

Sur les autres continents, c’est sans surprise la Chine qui présente le plus grand nombre de décès liés à la pollution avec 2,8 millions de morts par an. Selon une étude du magazine britannique The Lancet portant également sur 2015, les pays en voie d’industrialisation seraient particulièrement touchés par ce fléau, comme l’Inde, le Pakistan, le Kenya et Madagascar, où jusqu’à un décès sur quatre pourrait être lié à la pollution. 92 % des morts causées par la pollution surviendraient dans des pays à revenu faible ou moyen, ajoute le rapport.

Comment et pourquoi la pollution tue-t-elle ?

Selon les chercheurs de l’European Heart Journal, entre 40 et 80 % des décès prématurés imputables à la pollution en Europe seraient dus à des maladies cardio-vasculaires. Parmi elles, la majorité des décès sont causés par des infarctus du myocarde (40 %), accidents vasculaires cérébraux (8 %), pneumonies (7 %), bronchopneumopathies chroniques obstructives (6 %) et autres maladies chroniques (32 %). Sans oublier les cancers du poumon (7 %), sur lesquels la recherche se concentrait auparavant. Pour les auteurs du rapport, les causes de ces pathologies ne sont autres que les particules fines, qui peuvent se déposer dans nos poumons et déclencher des maladies. Aussi ces scientifiques appellent-ils à baisser les seuils d’exposition de toute urgence.

Dans l’Union européenne, la limite annuelle pour les PM2,5 (diamètre inférieur à 2,5 micromètres) est de 25 microgrammes par m3, soit deux fois plus que les recommandations de l’OMS. La plupart de ces particules en suspension proviendraient de la combustion des énergies fossiles, selon le professeur Jos Lelieveld, qui a participé à l’étude. Plus peut-être que l’essence, le diesel est particulièrement pointé du doigt en matière d’émissions de particules fines depuis le scandale du « Dieselgate » en 2015. Ces deux dernières années, la vente de nouveaux véhicules roulant au gazole ont chuté de 70 à 30 % en France, mais les experts estiment qu’il faudra attendre 2027 pour que le parc diesel cesse d’être majoritaire. Outre les transports, le chauffage, le bâtiment, l’agriculture et l’industrie font partie des principales autres sources d’émissions contribuant significativement la pollution atmosphérique.

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