Combien ça coûte ?

Prix de l’électricité : va-t-on vers une hausse inévitable ?

Alors que le Grand débat national bat son plein avec la défense du pouvoir d’achat en ligne de mire, la nouvelle hausse du prix de l’électricité proposée aux acteurs de l’énergie le 31 janvier par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pouvait difficilement tomber plus mal. Applicable dès le 1er mars, l’augmentation de 5,9 % sur les tarifs réglementés ‒ plus connus sous le nom de « Tarif Bleu » ‒ d’EDF concernera 25,6 millions de foyers en France et 3,2 millions de professionnels, soit près de 29 millions d’abonnés. Sur une année, cette hausse devrait représenter en moyenne 85 euros supplémentaires pour les ménages.

Pourquoi une telle hausse ?

Chargée de veiller au bon fonctionnement du marché français du gaz et de l’électricité, la CRE explique dans un document de travail publié sur son site que la majoration de 5,9 % du Tarif Bleu d’EDF est la « conséquence » de l’augmentation des prix de l’énergie sur les marchés de gros (+4,6 %) et du doublement des prix moyens des garanties de capacité (+ 1,3 %). Le régulateur met également cette hausse sur le compte d’une « conjoncture internationale » marquée par l’augmentation des prix des matières premières énergétiques depuis le début de l’année dernière. Le cours de l’électricité sur les marchés de gros serait ainsi passé de 41 euros/MWh en janvier 2018 à 59 euros/MWh en décembre 2018. Cette flambée s’expliquerait par une demande en forte augmentation, qui a même failli causer un black-out en France le soir du 10 janvier 2019, selon la CRE. Et la commission indépendante de préciser que les prix ont également grimpé de près de 8 % en Espagne et en Italie en janvier 2019 ainsi que de 10 euros/MWh en Allemagne, à l’image du Royaume-Uni et de la Belgique, où des hausses sont à prévoir dans les semaines à venir.

Vers une baisse des taxes sur l’électricité ?

Anticipant cette majoration substantielle, le gouvernement avait d’ores et déjà annoncé en décembre 2018 par la voix d’Édouard Philippe le gel des tarifs de l’électricité jusqu’au 31 mars 2019. D’après la loi, il dispose de trois mois à partir de la date de formalisation des nouveaux prix, prévue le 7 février, pour mettre en œuvre la nouvelle tarification. D’ici là, l’exécutif peut choisir de s’opposer à cette augmentation, au risque de voir cette décision vraisemblablement invalidée puis sanctionnée par le Conseil d’État. S’il décidait de ne pas s’opposer aux propositions de la CRE, il pourrait néanmoins choisir de baisser les taxes, qui comptent pour près de 37 % du prix final de l’électricité. Le régulateur suggère notamment un rabotement de la CSPE (contribution au service public de l’électricité), qui représente 15 % de la facture électrique des ménages. Entre 2004 et 2016, la CSPE est passée de 4,50 euros à 22,50 euros/MWh. « Si on commence à baisser les taxes à chaque fois qu’on doit augmenter les prix de l’électricité, on risque de prendre de mauvaises habitudes. D’autant que les prix de marché ne devraient pas redescendre bientôt », met toutefois en garde l’économiste de l’énergie Jacques Percebois dans Le Monde.

“Les prix vont continuer à augmenter pendant quelques années”

Professeur d’économie à Mines ParisTech, François Lévêque pense lui aussi que le montant des factures n’est pas près de s’alléger… « Le marché de l’électricité est devenu un marché de matières premières, comme le pétrole ou le soja. Quand il y a trop de capacités, les prix baissent, et inversement. Mais ce marché à une particularité : les prix de l’électricité sont dictés par le coût variable de la dernière unité de production mise en service. En fonction des heures, cela peut être du nucléaire, du charbon, de l’hydraulique ou du solaire. D’où une très grande variabilité des prix », explique-t-il au journal La Croix. Cette tendance haussière ne devrait pourtant pas durer indéfiniment, selon le spécialiste. « Aujourd’hui, il y a toutefois plus d’éléments qui poussent à la hausse, notamment avec le retrait des capacités de production traditionnelles […]. Les prix de l’électricité vont donc continuer à augmenter pendant quelques années, confirme-t-il. Mais à plus long terme, on peut espérer une baisse sur les marchés de gros au fur et à mesure que les énergies renouvelables monteront en puissance. »

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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