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Solaire : la filière photovoltaïque bientôt au zénith ?

Prix d’achat élevé, faible puissance installée, rentabilité lente… Pendant longtemps, l’énergie solaire photovoltaïque a traîné de pesants préjugés pas toujours usurpés. Et qui expliquent en partie pourquoi les panneaux solaires ont moins fleuri que les éoliennes en France. Ces derniers mois, les planètes semblent cependant s’aligner pour le photovoltaïque français. Grâce à un prix de vente en constante baisse, la filière pourrait produire jusqu’à 10 % de l’électricité nationale d’ici 2028. Mais cet objectif est-il vraiment réaliste ?

Une baisse des coûts bénéfique au contribuable ?

Biberonnée aux subventions, l’électricité d’origine photovoltaïque ne devrait bientôt plus rien coûter à la collectivité, à en croire la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Selon ses dernières analyses, le prix de vente à la sortie des centrales solaires de plus 30 MW pourrait tomber à 58 euros du MWh, et même 48 euros/MWh pour les plus compétitives. Ces tarifs replacent le photovoltaïque parmi les filières les plus rentables du marché, tout près du nucléaire (42 euros/MWh pour l’ARENH) et loin devant l’éolien terrestre (82 euros/MWh). Et alors que les installations raccordées représentaient une charge publique de 600 millions d’euros en 2011, elles pourraient aujourd’hui quasiment s’en passer grâce à un coût de production réduit de 32 % rien que ces trois dernières années.

Fort de cette nouvelle position d’outsider, le solaire photovoltaïque paraît donc en mesure de multiplier par cinq sa part dans le mix électrique français, pour l’instant limitée à 2 % selon la CRE. L’objectif semble d’autant plus abordable que les capacités de puissance raccordées augmentent sensiblement chaque année. De 0,5 à 1 GW annuel entre 2010 et 2018, elles atteignent maintenant 2 GW en moyenne suite à la vague d’appels d’offres lancée l’an dernier. En 2017, le photovoltaïque représentait déjà 30 % des nouvelles capacités renouvelables installées en France, soit un peu moins que l’éolien. Mais au niveau mondial, il comptait pour plus de la moitié en 2018 avec 94 GW sur 171 GW. D’ici 2028, le gouvernement français prévoit de porter la puissance installée entre 35,6 et 44,5 GW, contre 8,7 GW au 31 mars 2019. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) table même sur 52 GW à l’horizon 2040.

Quelle marge de progression en France ?

Pour y parvenir, les acteurs du secteur doivent surmonter l’extrême lenteur du système français. Industriels, fournisseurs et collectivités sont en effet contraints de respecter des procédures d’autorisation pouvant durer plus de trois ans, contre moins d’un an en Allemagne, selon Daniel Bour, président du syndicat Enerplan. Des mesures de simplification seraient à l’étude au sein du gouvernement afin de « libérer » l’énergie solaire en France. Mais les oppositions aux projets restent fréquentes dans les zones résidentielles, commerciales et agricoles. Dans le Larzac, habitants, paysans et élus s’opposent ainsi au projet de création d’une centrale de 320 MW portée par l’entreprise Arkolia.

Alors pour contourner ces obstacles, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) s’est intéressée à des sites qui ne rencontreront a priori pas de contestation : les friches industrielles, tertiaires et commerciales, les terrains pollués ainsi que les parkings. Selon l’étude dévoilée le 24 mai, l’équipement de 17 764 zones identifiées permettrait de multiplier par six la puissance totale du parc photovoltaïque actuel, soit 53 GW. Les trois quarts des départements français disposeraient de gisements de plus de 100 MW, capables d’accueillir des installations pour la plupart de petite taille (entre 0,5 et 2,5 MW de capacité), précise l’Ademe. Mais le potentiel le plus large se trouve bel et bien dans les toitures des bâtiments publics et privés, qui recèleraient pas moins de 364 GW de puissance photovoltaïque. Soit plus de 40 fois la capacité actuelle. De quoi augurer un avenir radieux pour la filière solaire en France.

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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