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Soldes : quel est l’impact du “gaspillage vestimentaire” ?

Du 9 janvier au 19 février, les soldes d’hiver marquent une période de frénésie d’achat de vêtements à prix certes réduits, mais aux conséquences lourdes sur l’environnement. Année après année, la production mondiale d’habits, de chaussures et d’accessoires mobilise des ressources énergétiques de plus en plus importantes. Essor d’internet et mondialisation aidant, la « fast fashion » et la surconsommation de produits textiles ont conduit à un phénomène de gaspillage vestimentaire, similaire à celui rencontré dans l’industrie alimentaire.

Production textile : des coûts énergétiques exorbitants

Le matin-même du début des soldes d’hiver, Arnaud Leroy, président de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), a tiré la sonnette d’alarme médiatique sur l’impact de l’habillement sur l’environnement. Chaque année, 600.000 tonnes de vêtements sont mis sur le marché en France et 100 milliards d’habits sont vendus dans le monde, soit quasiment deux fois plus qu’en 2000, d’après l’étude « La mode sans dessus-dessous » réalisée par l’ADEME. Aux États-Unis, un habitant achèterait en moyenne un vêtement par semaine, soit cinq fois plus qu’il y a 20 ans, selon une autre étude intitulée « Sale linge ». Ces volumes affolants font du secteur de l’habillement le deuxième émetteur de gaz à effet de serre sur la planète derrière l’industrie du pétrole et devant le transport aérien et maritime, selon la Fondation MacArthur. Problème : produire des habits vendus parfois quelques euros seulement nécessite une quantité d’énergie gigantesque, qui coûte très cher à l’environnement. D’après l’ADEME, 2.700 litres d’eau sont nécessaires pour fabriquer un t-shirt, soit l’équivalent de 70 douches. Pour un jean, il faut compter 11.000 litres d’eau, soit 250 douches. Pas étonnant que l’activité textile soit presque autant gourmande en eau que les cultures du blé et du riz. En effet, 4 % de l’eau potable consommée dans le monde est utilisée pour fabriquer nos vêtements.

D’énormes dégâts environnementaux et sociaux

Dès le début de la chaîne vestimentaire, la production et le traitement des matières premières génèrent une pollution à grande échelle de l’environnement. Parmi les matières naturelles, la culture du coton est la plus grande utilisatrice de pesticides au monde. Et parmi les matières synthétiques, 70 % sont produites à partir de pétrole, selon l’ADEME. Quant aux teintures, elles constituent le deuxième secteur pollueur d’eau propre après l’agriculture. Avec une demande mondiale en hausse constante, la production de polyester – moins cher – a dépassé celle de coton dès la fin des années 90. Mais le lavage de vêtements synthétiques constitue une source supplémentaire de pollution, responsable de 500.000 tonnes de microparticules de plastique (soit 50 milliards de bouteilles en plastique) rejetées dans l’océan. L’impact environnemental de la fabrication de nos vêtements est d’autant plus grand qu’il faut souvent ajouter leur transport sur des milliers de kilomètres, la plupart des usines étant situées en Asie. Ce qui explique en partie l’autre dégât majeur de l’industrie textile : l’exploitation généralisée de la main-d’œuvre dans des pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou la Turquie. Pour produire des habits vendus à des prix toujours plus bas, les ouvriers travaillent contre des salaires extrêmement faibles (32 centimes de dollar de l’heure au Bangladesh) dans des conditions parfois abusives et dangereuses, comme l’a illustré en 2013 l’effondrement d’un atelier de confection bangladais où opéraient plusieurs sous-traitants de grandes marques (plus de 1.100 morts). Dans le monde, un enfant sur dix travaillerait dans le textile…

Les solutions contre le gaspillage vestimentaire

La dépense énergétique et son impact sur les territoires sont d’autant plus regrettables que les vêtements fabriqués durent deux fois moins longtemps qu’il y a 15 ans. En moyenne, on ne porterait régulièrement que 20 % de nos habits… En France, 114 euros d’affaires non portées peupleraient nos placards. Sur 9,2 kg de vêtements et de chaussures achetés par an, un Français n’en trierait que 3,2 kg pour les revendre ou les recycler. En Europe, sur les 4 millions de tonnes jetées chaque année, 80 % ne seraient pas recyclées, soit une perte de 460 milliards de dollars par an au niveau mondial… Pour éviter ce gaspillage vestimentaire, l’ADEME recommande d’adopter des solutions simples comme :

– réfléchir à ses besoins réels avant chaque achat ;
– choisir des vêtements fabriqués à partir de fibres recyclées ou de matières peu énergivores et peu polluantes comme le lin, le chanvre et le coton bio ;
– privilégier les labels reconnus comme Écocert textile, Écolabel européen, Demeter, GOTS, Bioré ou Oeko-Tex Standard 100 ;
– vérifier l’affichage environnemental ;
– laver moins souvent ses habits ;
– les réparer et les garder le plus longtemps possible ;
– les revendre en brocante, sur des sites spécialisés comme Vinted ou les déposer dans des points de collecte comme les dépôts et ressourceries afin qu’ils soient recyclés.

En parallèle, plusieurs initiatives visant à lutter contre le gaspillage vestimentaire ont vu le jour, comme les soldes responsables. Certaines enseignes comme Gentle Factory laissent en effet la possibilité à leurs clients de choisir entre 15 %, 30 % ou 40 % de réduction selon qu’ils acceptent de payer pour le transport du produit, le salaire des employés du magasin ou seulement sa fabrication. Plus radical, le défi « Rien de neuf en 2019 » invite carrément la population à ne plus acheter de produits neufs.

About Author

Camille Vandendriessche est aujourd’hui Rédacteur en chef sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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