Débats publicsEnergies fossilesPétrole

Transport : après l’avion, faudra-t-il bientôt boycotter le bateau ?

Alternatives de plus en plus populaires à l’avion, les croisières en mer font le plein avec plus de 7 millions de passagers transportés l’an dernier en Europe. En 2018, leur nombre a ainsi progressé de 3,3 % par rapport à 2017. Avec à la clé, plus de 20 milliards d’euros de retombées économiques pour les 40 croisiéristes domiciliés en Europe, ainsi que la vingtaine de compagnies non-européennes qui sillonnent les eaux du Vieux continent. Soit plus de 200 navires au total. Problème : les fumées des moteurs sont extrêmement polluantes dans les ports où les paquebots font escale. Sans oublier les divers rejets en mer… Alors faut-il commencer à réduire les voiles ?

Particules fines : un paquebot émet autant qu’un million de voitures

Selon un récent rapport de l’ONG Transport & Environment, les bateaux de Carnival Corporation, leader mondial de la croisière de luxe, auraient émis 10 fois plus d’oxyde de souffre autour des côtes européennes que les 260 millions de voitures circulant en Europe en 2017. D’après la même étude, les navires de Royal Caribbean, numéro deux mondial du secteur, auraient même rejeté quatre fois plus de ce composant, qui fait partie des principaux polluants atmosphériques. Selon une autre étude de France Nature Environnement (FNE), un paquebot de croisière à l’arrêt dans un port émettrait autant de particules fines et de dioxyde d’azote qu’un million de voitures. En cause : la taille croissante de ces géants des mer, la fréquence excessive des rotations et la mauvaise qualité du fioul utilisé, beaucoup plus toxique que le carburant des voitures

Avec 162 paquebots de croisière ayant mouillé dans ses ports en 2017, la France serait le quatrième pays européen le plus touché par cette pollution après l’Espagne, l’Italie et la Grèce, d’après l’ONG. En comparaison, les 32 millions de voitures en circulation dans l’Hexagone sont responsables d’une pollution à l’oxyde de souffre d’un niveau quasiment négligeable. Marseille, Le Havre, Nice, Cannes et la Seyne-sur-Mer seraient les villes françaises les plus affectées par ce fléau, loin toutefois derrière Barcelone, Palma de Majorque et Venise. De quoi inspirer à la sénatrice des Bouches-du-Rhône, Samia Ghali, l’expression de « poubelle de la France » pour qualifier la cité phocéenne. Les 57 bateaux qui y ont fait escale en 2017 auraient en effet émis quatre fois plus de dioxyde de souffre que tous les véhicules à moteurs circulant dans la ville

La pollution des bateaux de croisière en tonnes d’oxyde de souffre comparée à celle des voitures (source : Transport & Environment).

Des progrès attendus sur la qualité du fioul

La pollution générée par ces navires provoquerait jusqu’à 60 000 décès prématurés par an en Europe, d’après des chercheurs allemands. Et le nombre de victimes devrait même continuer à augmenter avec la livraison d’ici 2021 d’une soixantaine de nouveaux paquebots commandés par les principales compagnies de croisière mondiales. Des progrès ont certes été réalisés sur la teneur en oxyde de souffre, qui doit passer en 2020 de 3,5 % à 0,5 % au niveau mondial. Dans plusieurs zones des mers Baltique, du Nord, des Caraïbes et autour de l’Amérique du nord, cette part doit même baisser à 0,1 %. Mais la limite ne s’applique pas encore à la Méditerranée. Et elle reste 10 fois plus élevée que celle appliquée aux voitures (moins de 0,01 %).

Après la voiture individuelle et l’avion, jugés trop polluants, le transport en bateau va-t-il devenir la nouvelle cible des politiques environnementales ? En quelques mois, le mouvement anti-avion a pris une ampleur sans précédent dans les médias. Symbolisée par le mot suédois « flygskam » (« honte de prendre l’avion »), la question du transport aérien fait désormais l’objet en France d’une proposition de loi visant à supprimer 72 vols intérieurs au profit du train. Mais pour les croisières maritimes, les mesures de régulation se cantonnent, pour l’instant, à une amélioration de la qualité des carburants utilisés.

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

Commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.