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Transport routier : que vaut la future limitation européenne des émissions carbone ?

Mardi 19 février, l’Union européenne (UE) a conclu un accord historique pour réduire les émissions de CO2 des camions et poids lourds de 30 % d’ici 2030. Cette première dans le secteur du transport routier devrait être validée par les 28 États membres lors d’une prochaine session plénière du Parlement européen prévue courant mai. Si ses instigateurs se réjouissent de ce grand pas en avant, les avis divergent quant au niveau des restrictions fixées par Bruxelles. D’un côté, les associations environnementales considèrent la future réglementation comme étant insuffisante pour se conformer aux objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris en 2015. De l’autre, les professionnels du transport routier l’estiment quant à eux trop contraignante. Qui faut-il croire ?

Une avancée historique pour le secteur routier

Comme les voitures avant eux, les camions et poids lourds devraient voir s’appliquer un niveau limite d’émissions CO2 commun à l’ensemble des pays de l’UE. Responsables d’un quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur routier, soit 6 % des émissions totales de l’Union, les transporteurs de marchandises vont devoir réduire leurs rejets de 15 % d’ici 2025 et de 30 % d’ici 2030 en cas d’adoption définitive du projet de loi par Bruxelles. À défaut de respecter ces valeurs, les contrevenants seront exposés à des pénalités financières. Le futur règlement européen prévoit également plusieurs « incitations à la production de véhicules à faibles émissions et à émissions nulles afin d’encourager l’industrie automobile à participer au changement grâce aux progrès technologiques ». Selon les estimations de l’ONG Transport & Environnement, 20 000 euros de carburant par camion pourraient être économisés dès 2025, puis jusqu’à 60 000 euros à partir de 2030. « Le règlement va maintenant plus loin que la proposition de la Commission européenne et contribuera à réduire la pollution sur nos routes et à améliorer la qualité de l’air », s’est félicitée l’eurodéputé EELV Karima Delli, présidente de la commission Transport au Parlement européen. Une avancée également saluée par Agathe Bounfour, responsable transports de l’ONG Réseau action climat, qui regrette toutefois que le texte n’aille pas « plus loin ».

Rattraper le retard

« Les objectifs de réduction retenus […] restent bien en deçà de la trajectoire nécessaire pour que le secteur contribue au respect de l’Accord de Paris, qui implique une réduction de ces émissions d’au moins 50 % en 2030 », ajoute-t-elle en référence à l’objectif global de l’UE de baisser d’ici là ses émissions de GES de 40 % par rapport à 1990. Et la militante de souligner le « retard sur de nombreux pays » comme le Japon, le Canada, la Chine et les États-Unis, où un plafond d’émissions carbone existe déjà pour les camions et poids lourds. « Ces négociations ont malgré tout montré la résistance de certains gouvernements, qui placent encore les intérêts de leur industrie avant ceux de la population, a reconnu Karima Delli. L’Allemagne et certains États membres d’Europe centrale, en particulier, ont bloqué des objectifs plus ambitieux. Ils oublient que des moteurs plus propres peuvent non seulement contribuer à un climat plus propre, mais aussi créer des emplois durables. »

Inquiétude des constructeurs

En Allemagne, la perspective de cette limitation inquiète particulièrement constructeurs et transporteurs qui, on se souvient, étaient venus à bout de l’écotaxe française en 2014. « [Il ne faut] pas s’attendre à ce que les opérateurs de transport commencent soudainement à acheter des camions électriques ou d’autres camions à propulsion alternatives s’il n’y a pas d’argument commercial en leur faveur et s’il n’est pas possible de recharger facilement les véhicules sur toutes les grandes autoroutes européennes », a réagi Erik Jonnaert, secrétaire général de l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA). Du côté des marques européennes de camions et de poids lourds comme MAN, Daimler, Iveco, Volvo et Scania, les objectifs de l’accord sont jugés trop élevés. À cause de ces nouvelles normes, plusieurs dizaines de milliers d’emplois pourraient disparaître, prévient MAN, une des filiales de Volkswagen. Mais entre le climat et l’économie, l’UE semble s’être enfin décidée à choisir le camp de la protection de la planète…

About Author

Camille Vandendriessche est aujourd’hui Rédacteur en chef sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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