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Transport low-cost : une série de défaillances inévitable ?

Après plusieurs années d’essor, le transport low-cost traverse une période de violentes turbulences en Europe. Dans les airs, les compagnies s’effondrent les unes après les autres depuis deux ans. En septembre, les Français Aigle Azur et XL Airways sont les derniers à avoir inscrit leur nom en bas d’une longue liste de candidats au sauvetage. Sur les routes aussi, le transport à bas coût cherche toujours la clé de la rentabilité. En 2019, Ouibus, Isilines et Eurolines ont disparu de la circulation au profit de Flixbus et de Blablacar. Cette succession de chutes en plein vol était-elle inéluctable ?

Les petits transporteurs plus vulnérables

En sursis depuis plusieurs mois, les compagnies françaises n’ont pas résisté aux perturbations qui agitent le secteur aérien low-cost. Début septembre, Aigle Azur a été placé en liquidation judiciaire, en attente d’un repreneur. Quelques jours plus tard, XL Airways passait à son tour en redressement judiciaire, en quête d’un chèque de 35 millions d’euros. En février, l’Allemand Germania avait dû cesser définitivement ses opérations. Une hécatombe dans la suite logique de 2018 et 2017. Cette période a vu les naufrages du Danois Primera Air, du Chypriote Cobalt Air, de l’Islandais Wow Air et de l’Allemand Air Berlin. Même les mastodontes Ryanair, EasyJet et Norwegian Airlines ont rencontré des difficultés économiques… Comment expliquer ce crash soudain du transport aérien à bas coût ?

Selon l’économiste Yves Crouzet, les petites compagnies n’ont pas résisté à la multiplication de la concurrence. « Dix entreprises se sont lancées, pensant qu’il y avait un créneau à prendre, alors qu’il en aurait fallu deux, estime le spécialiste des transports sur Franceinfo. [Elles] se sont lancées trop rapidement, sans avoir la connaissance du marché. » Seules les plus puissantes ont réussi à tenir bon, comme EasyJet, Ryanair ou Vueling dans le court-courrier. Même problématique dans le long courrier, où XL Airways et Aigle Azur, en s’éloignant de la Méditerranée, ont fini par se brûler les ailes. Face aux géants du secteur, seules quelques exceptions comme French Bee et Air Caraïbes parviennent à garder le cap…

Une année aussi mouvementée pour le low-cost routier

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Le marché du transport aérien ne s’est pourtant jamais aussi bien porté en France. En 2018, le nombre de passagers à avoir transité par l’Hexagone a augmenté de 4,8 %. Il a atteint plus de 206 millions, soit le plus haut niveau en Europe. Mais les contraintes sont multiples pour les compagnies aériennes. Aux fluctuations du baril du pétrole, et donc du prix du kérosène, s’ajoute le poids de la fiscalité française. En France, les taxes liées à la sûreté sont supérieures à 35 % à la moyenne européenne. Les cotisations sociales des employeurs surpassent également de 30 % celles appliquées en Allemagne et de 25 % au Royaume-Uni. Difficile, dans ces conditions, de rester compétitif. Voire impossible, quand on fonctionne déjà sur un modèle low-cost…

Un phénomène similaire, bien que de moindre envergure, s’observe dans le secteur des autocars à bas coût. Depuis leur autorisation en août 2015, les fameux « bus Macron » sillonnent les routes françaises à des prix défiant toute concurrence. Flixbus, Isilines, Eurolines et Ouibus ont investi massivement pour gagner des parts de marché. Mais depuis quatre ans, leur modèle économique serait toujours déficitaire. En 2017, Ouibus, propriété de la SNCF, aurait perdu 36 millions d’euros. Il vient d’être racheté par la plate-forme de covoiturage Blablacar. Isilines et Eurolines, ex-filiales du Français Transdev, sont eux passés chez l’Allemand Flixbus depuis fin avril. Leur modèle économique, qui fait porter aux autocaristes traditionnels la majorité des coûts de fonctionnement, reste à consolider…

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

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