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Depuis quand parle-t-on d’urgence climatique ? 

Le 26 septembre 2019, le décès de Jacques Chirac a été l’occasion de se remémorer ses déclarations les plus marquantes. Dans le contexte actuel de dérèglement climatique, l’une de ses phrases a été reprise par de nombreux médias : « notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ». L’ancien président prononça ces mots en début de discours lors du 4ème sommet pour le climat à Johannesburg (Afrique du Sud) en 2002. Cette phrase, restée dans l’histoire, est présentée comme déclic à la prise de conscience écologique mondiale. Mais au fait, depuis quand exactement parle-t-on d’urgence climatique ?

Les balbutiements de l’écologie

Il fut un temps où les émissions de gaz à effet de serre (GES) semblaient être une bonne chose. En 1906, le scientifique suédois Svante Arrhenius publie un texte dans lequel il explique les bienfaits du réchauffement terrestre. Plus il fera chaud, plus il y aura de terres cultivables pour nourrir les hommes, raisonne-t-il. Une vision qui, évidemment, ne s’appliquait qu’aux pays nordiques, où le manque de soleil et de chaleur rend toute culture difficile… Il faudra attendre plus d’un demi-siècle pour assister à la première mesure continue du taux de CO2 dans l’atmosphère. Cette initiative lancée en 1958 à l’observatoire de Mauna Loa (Hawaï) évaluait le taux de carbone dans l’air à environ 310 ppm (partie par million). Aujourd’hui, nous en serions à 410 ppm. Une augmentation jugée « très rapide et inédite dans l’histoire de la planète », selon Olivier Boucher, climatologue et directeur de recherche au CNRS.

Moult études et rapports scientifiques seront nécessaires pour qu’un changement de perception s’amorce entre les années 70 et 80. Entre silence médiatique, manque de financement et faible coût des énergies fossiles, les scientifiques ont mis du temps avant d’être écoutés. En atteste cette séquence ubuesque, où l’avertissement du volcanologue Haroun Tazieff sur les effets des émissions de gaz à effet de serre n’était pas pris au sérieux…

Le basculement grâce aux simulations 

Le climatologue et glaciologue Jean Jouzel impute ce changement de mentalités aux premières modélisations sur ordinateur. « Des groupes anglo-saxons ont estimé, dans les années 70, que la température du globe pourrait augmenter d’au moins 2°C au milieu du XXIème siècle. » Ces rapports aboutiront à la première conférence pour le climat en 1985 à Villach (Autriche), puis à la création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988. Deux ans plus tard, le GIEC établira enfin que l’humanité modifie le climat par ses émissions de GES.

D’année en année, les rapports du GIEC et les conférences pour le climat se font de plus en plus alarmants. En 1997, le protocole de Kyoto signé lors de la COP3 engage 184 pays à réduire de 5 % leurs émissions de gaz à effet de serre entre 2008 et 2012. Mais malgré le célèbre discours de Jacques Chirac en 2002, son entrée en vigueur en 2005 ne produit pas les résultats escomptés. En 2009, sa deuxième phase est abandonnée lors de la COP15 de Copenhague, qui demeure un échec retentissant pour l’écologie mondiale. Ce n’est qu’en décembre 2015, lors de la désormais célèbre COP21 de Paris, qu’un accord contraignant suscite un consensus mondial autour de l’urgence climatique.

L’étape-clé de la COP21

« Avec le protocole de Kyoto, nous pensions que tout allait avancer dans le bon sens, témoigne Jean Jouzel. Problème : les États-Unis, premier pollueur mondial, ne s’investissent pas dans cet accord. S’ajoute aussi la folle montée des émissions de gaz à effet de serre chinoises au cours des années 2000, que personne n’avait prévu. La COP15 de Copenhague devait lancer la deuxième phase du protocole de Kyoto. Cette COP est un échec cuisant car aucun réel progrès put être annoncé. La COP21 s’est donc appuyée sur un principe inverse. »

« Au lieu d’imposer aux différents pays un pourcentage [commun] de réduction des émissions de GES, la méthode consistait à demander à chaque pays ce qu’il pouvait faire pour réduire ses émissions et à quel taux, poursuit-il. Une réussite puisque même l’Oncle Sam, sous la houlette de Barack Obama, signera les accords de Paris. Mais le temps barre un peu la route de l’espoir puisque des pays se retirent des accords. Malgré tout, l’entrée dans les mœurs de l’urgence climatique, redonne foi aux possibles changements. »

L’urgence climatique pousse-t-elle à l’action ?

Peu avant 2010, le scientifique Myles Allen expliquait que pour stabiliser le climat, il fallait arriver à zéro émission de CO2 (neutralité carbone). Le CO2 étant un gaz qui reste longtemps dans l’atmosphère, le système climatique a été poussé loin de son point d’équilibre. Le climat continuera donc de se réchauffer pendant des décennies, même si les émissions de GES diminuent, prétend-il. Cependant, il finira par retrouver un nouvel équilibre. Limiter le réchauffement climatique à +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle serait donc encore théoriquement possible ?

« Il est important de parler de budget carbone, ajoute Olivier Boucher. On peut estimer que, pour avoir une chance de contenir le réchauffement climatique à 1,5°C, il ne faudrait pas dépasser un total de 2800 gigatonnes de CO2 [émis]. Aujourd’hui, nous en sommes déjà à 2200 en raison de 40 gigatonnes supplémentaires par an. Le calcul est simple : soit on continue d’émettre au rythme actuel et il faudra arrêter totalement nos émissions de GES du jour au lendemain dans 15 ans, mais cela est impossible. Soit on décide de réduire de manière progressive nos émissions annuelles de CO2 et il faut arriver à la neutralité carbone en 2050 à l’échelle de la planète. » 

Même si ces objectifs semblent difficilement accessibles, ils indiquent la voie à suivre. « Chaque investissement doit contribuer d’une manière ou d’une autre à la transition énergétique », rappelle Jean Jouzel. En attendant, les thématiques du réchauffement climatique ainsi que celles des énergies renouvelables sont aujourd’hui au cœur de l’actualité médiatique et politique. Les scientifiques peuvent au moins s’en féliciter.

À propos de l'auteur

Journaliste en formation, Etienne Cholez s'intéresse de près aux innovations créées pour trouver des solutions aux enjeux énergétiques et climatiques de demain. Il n'en oublie pas pour autant sa passion pour le sport. C'est en tant que rédacteur web qu'Etienne Cholez essayera d'apporter des réponses concrètes à toutes vos questions.

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