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La vente en vrac est-elle vraiment plus vertueuse ?

La vente en vrac se développe à vitesse grand V en France. Ces cinq dernières années, le chiffre d’affaires du vrac hors frais (fruits et légumes exclus, donc) a été multiplié par 8,5. En 2018, il a atteint 850 millions d’euros pour représenter 3 % du marché des produits de grande consommation. Le nombre de magasins 100 % vrac a, lui aussi, explosé dans le pays. On en compte aujourd’hui plus de 200, contre seulement une poignée en 2014. Le vrac occupe également une place croissante dans les épiceries bio et supermarchés. De plus en plus de magasins de grande distribution proposent ainsi des rayons sans emballage. Mais est-ce réellement une bonne chose pour le consommateur, comme pour la planète ?

Des produits plus chers mais pas forcément comparables

Fin 2018, plus d’un Français sur trois (37 %) déclarait acheter des produits en vrac en dehors des fruits et légumes, selon un sondage réalisé par le cabinet Nielsen. Les adeptes se fournissent de manière quasi-égale dans les magasins bio et les supermarchés. Ils achètent surtout des oléagineux (57 %) et fruits secs (47 %), mais aussi légumineuses (32 %), céréales de type muesli (28 %) ou à cuire (24 %), pâtes (24 %), riz (22 %), farine et sucre (10 %). En l’absence d’emballage systématique, et donc de coûts de conception et de fabrication, le vrac ferait valoir des prix de 5 à 30 % moins élevés, selon l’association 60 millions de consommateurs.

Sur certains produits comme les oléagineux ou les fruits sec, les circuits d’approvisionnements sont déjà largement développés. Pour le consommateur, le vrac peut alors s’avérer plus intéressant au kilo que les produits emballés. Mais dans les épiceries spécialisées comme dans les espaces dédiés des grandes surfaces, le vrac reste souvent plus cher que les premiers prix sous emballage. Les produits de grande consommation, comme le riz, les pâtes, le café ou encore le chocolat, sont ainsi sensiblement plus chers en vrac. Certains clients d’hypermarchés ne se gênent pas pour s’en offusquer sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, un consommateur dénonçait fin mars un écart de 40 % entre le prix du riz basmati bio en paquet et du riz basmati en vrac de Carrefour City. Pour se justifier, le géant de la grande distribution a plaidé des volumes plus faibles et un nombre supérieur d’intermédiaires dans le vrac. Les différences de prix peuvent aussi s’expliquer par l’origine, la méthode et la qualité de la production, les produits en vrac étant plus souvent bios, locaux et/ou éco-responsables.

Une débauche d’énergie supplémentaire

D’autres contraintes expliquent le prix souvent supérieur du vrac par rapport aux produits emballés. L’approvisionnement des magasins passe par des circuits non-traditionnels, moins rentables, et mobilise des grands contenants, plus complexes à manipuler. Le besoin en main d’œuvre serait donc beaucoup plus important pour réceptionner et disposer les produits dans les conteneurs en libre-service. En l’absence d’étiquetage sur les produits, le personnel doit aussi se montrer plus disponible pour renseigner la clientèle, qu’il faut également assister dans l’utilisation des bacs, silos, pressoirs et balances. Enfin, les bacs et magasins doivent être nettoyés plus régulièrement. Les obligations en matière d’hygiène sont en effet plus strictes du fait, entre autres, des risques accrus de chute d’aliments ou de liquides au sol.

Si le recours au vrac part d’une bonne intention – réduire les déchets –, il ne garantit pas forcément des prix plus bas. Mais avec l’intérêt bondissant pour ce mode d’achat, notamment de la part de la grande distribution, on peut toutefois envisager une baisse significative à venir pour le consommateur. De la même manière, et contrairement aux idées reçues, le vrac requiert des dispositions logistiques et humaines plus contraignantes que la distribution classique. Encore plus pour certains produits très réglementés comme les cosmétiques, ou très fragiles comme la compote… La diversité des sources d’approvisionnement et les faibles volumes impliquent également une débauche d’énergie supplémentaire. Mais là aussi, la démocratisation du vrac devrait permettre d’atteindre prochainement un rendement supérieur. Et d’en faire un mode de consommation réellement plus économique et éco-responsable.

À propos de l'auteur

Camille Vandendriessche est rédacteur en chef et directeur de publication sur L’Energie en Questions. Journaliste indépendant dans la presse sportive, il écrit également depuis plus de trois ans sur la thématique de l’énergie. Diplômé d’écoles de journalisme en France et aux États-Unis, il décrypte l’actualité à travers des articles d’analyse et des sujets aux angles originaux.

Comments (2)

  1. Avatar

    Bonjour,
    Le vrac est en général moins cher, tout dépend ce que l’on compare… allez en biocoop, et vous trouverez du riz bio français à 3 ou 4€/kg, beaucoup moins cher que les oncle Bens et autres grandes marques, même pas bio. Idem pour les pâtes qui commencent à 2€/kg… certes plus cher que le premier prix de supermarché, mais tellement moins que les lustucru et autres marques non bio… Et c’est vrai pour pas mal de produits.
    Pas besoin de décrédibiliser le vrac en balançant deux trois phrases par ci par là… allez en magasin et jugez 🙂
    Bien à vous

  2. La Rédaction

    Bonjour et merci pour votre commentaire.
    Effectivement, il est difficile de comparer les prix de produits de nature ou origine différente. D’où les nuances également parsemées deci delà dans l’article… 😉 Le but de cet article, certes un peu réducteur dans les intertitres, n’est donc en aucune façon de décrédibiliser le vrac mais de poser des questions sur le sujet et d’essayer d’y trouver des réponses.
    Cordialement,
    Un adepte du vrac !

Commentaires

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